D’après un texte original de Jacques Bruaux,  Héraut Crieur et Conteur

 

 

A découvrir dans ce chapitre
Introduction
Le travail du bronze
L’implantation de la civilisation d’Hilversum
La vie quotidienne à l’age du bronze
La hache à talon d’Hennuyères
Les tombelles du bois de la Houssière

Introduction

L’age du bronze couvre une période allant de -1800 à – 700 ans avant l’ère chrétienne.  L’age du bronze sera suivi par l’age du fer.

Nous connaissions alors un climat sub boréal, c’est-à-dire un climat continental tempéré, relativement chaud. La foret charbonnière restait une foret mixte, composé de feuillus avec  comme adaptation climatique la réapparition du hêtre et le recul du tilleul, du noisetier et de l’orme.  Certains palynologues soupçonnent les paysans du Néolithique d’avoir trop employé leur feuillage comme fourrage pour leur bétail.

La région était riche grace à la fertilité de ses terres et aussi grace à la proxiité du grand centre minier et industriel de Spiennes, dont une partie du trafic commercial passait sur nos pistes

A l’âge du bronze, le progrès technologique et l’épuisement des mines de Spiennes vont déplacer les poles de développement.

Le travail du bronze

Dès le huitième millénaire, on fabriquait en Anatolie des parures et des outils très simples au départ du cuivre martelé à froid. Ensuite, le minerai fut fondu pour pouvoir être coulé dans des moules.

Finalement, on découvrit le bronze, alliage de cuivre et d’environ dix pourcents d’étain. Le bronze offre l’avantage de fondre à des températures relativement basses et d’être résistant.  La connaissance des techniques du bronzier s’est répandue en Europe grâce aux prospecteurs à la recherche de gisement d’étain.

Aussi, dès 1800 ans avant notre ère trouve t’on des ateliers près des riches gisements d’étain d’Espagne, de Bohème, de Bretagne et d’Angleterre. Les parures, les outils, les armes fabriqués dans ces ateliers étaient acheminés par des marchands bronziers ambulants qui allaient d’habitat en habitat, offrant en troc leurs marchandises contre du bétail, des fourrures, des produits agricoles. Ils achetaient aussi avec grand bénéfice des objets en bronze usagés ou brisés pour les refondre. Les contrées minières connurent une grande prospérité mais notre région, pauvre en cuivre, étain et or n’a pas participé à cet accroissement.

L’implantation de la civilisation d’Hilversum

Vers 1600 avant notre ère, des immigrants britanniques venant de la région de Wessex et appartenant à la « food-vessel culture » , la civilisation aux « vases à nourriture » débarquent dans la région de Boulogne sur Mer. Le gros de la troupe s’établit en Campine et en Hollande dans la région d’Hilversum. De petis groupes s’installent dans la moitié septentrionale de la Belgique. A Thuillies, on a retrouvé des tessons d’une urne de l’Hilversum. Les tombelles de cette civilisation sont encore visibles à Givry, Limal, Rixensart, Bonlez et au bois de la Houssière.

Les immigrés étaient de très lointains cousins qui revenaient sur le continent, soit comme commerçants, représentants de commerce, soit comme agriculteurs cherchant des terres pour y vivre paisiblement et librement.

La vie quotidienne à l’age du bronze

Comme au néolithique, quelques familles réunies vivent dans des clairières à proximité d’un point d’eau. Chaque ménage habite une hutte de torchis rectangulaire d’au moins 15 mètres de long sur 5 mètres de large orientée Est – Ouest. Il semble bien que tous ces gens n’aient pas le désir de posséder, de dominer. Ils limitent le nombre de leurs vaches, cochons, chèvres et moutons à leurs modestes besoins. Ils se contentent de cultiver ce qui avait été essarté pendant les millénaires précédents.

Pour se faciliter la tâche, ils adoptent l’araire, l’ancêtre de notre charrue. L’araire n’est capable que de tracer des sillons peu profonds et faute de versoir ne peut retourner la glèbe. Aussi, les champs sont ils labourés dans deux directions, les sillons se croisant perpendiculairement.

Pour que le travail soit plus aisé, ils adoptent le chariot à moyeux fixes tiré par des boeufs. Ils connaissent l’arc et la flèche, mais, peuple paisible, ils chassent peu, se régalent d’escargots. Ils gèrent intelligemment leur coin de foret. Les arbres fruitiers ainsi que les mûriers, les fraisiers et même les champignons sont entretenus. Ils surveillent les nids afin de disposer d’œufs frais. Ils continuent à se vêtir de peaux d’animaux.

N’ayant pas grand pouvoir d’achat, l’importation d’objets en bronze n’exerce que très peu d’influence sur leur mode de vie. Comme on le faisait au Néolithique, on continue à employer essentiellement le silex, l’os, le bois de cerf. Certains petits ateliers de Spiennes imitent en silex les objets en bronze et fabriquent des haches avec le tranchant élargi en éventail. Le cuivre et l’étain restant rares et chers, on continuera à employer des outils en silex encore très longtemps.

La hache à talon d’Hennuyères

En 1967, un « Gentleman Farmer » dont les champs se trouvaient au « Planois » eut la science de pouvoir distinguer dans une vulgaire ferraille une relique préhistorique. Celle-ci, après de sérieux nettoyages et études, s’avéra être une hache à talon de l’âge du Bronze. Bien nettoyée, elle se trouvait dans le vivoir de notre hobereau et lui rappelait la longue histoire de ses champs essartés depuis plus de 5000 ans.

La hache à talon est un des outils les plus représentatifs de la civilisation d’Hilversum.

Normalement, elle était importée d’Angleterre, bien qu’en 1967, en draguant la Meuse près de Roermond, on y remonta un moule de fonderie servant à la fabrication de ce type de hâche.

Coutumes funéraires

La civilisation d’Hilversum introduisit chez nous une nouvelle coutume funéraire : les morts sont incinérés., leurs cendres sont parfois déposées dans un vase de céramique, le plus souvent déposées à même la terre et recouvertes ensuite par une tombelle.  Les quelques rares vases que l’on retrouve ont donc une toute autre fonction que les céramiques trouvées dans les tombes des périodes précédentes et qui servaient à contenir la nourriture ou la boisson destinées au défunt dans l’au-delà.

Les urnes de la culture d’Hilversum sont généralement assez grandes, de facture assez grossière avec de nombreuses petites crevasses produites dans la cuisson. Elles ont un profil piriforme plus ou moins tronqué avec un coude à l’épaule.Le fond est épais et plat. Les incrustations noirâtres que l’on retrouve sur le bord de certains vases sont des traces d’aliment qui ont débordé à la cuisson. Ces traces nous apprennent que ces récipients avaient parfois été employés comme casserole avant de servir d’urne cinéraire.

Les tombes les plus monumentales qui recèlent des traces de cérémonies rituelles compliquées sont construites pour des enfants morts en bas age ou pou des femmes mortes en couche. Leur décès hypothéquant l’avenir, des cérémonies rituelles ou magiques sont nécessaires pour détourner le mauvais sort et apaiser l’esprit du défunt. Par contre, les décédés de mort naturelle sont simplement mis en terre. C’est l’âge, le sexe, la nature du décès qui déterminent les rites.

Souvent certaines légendes et craintes superstitieuses sont restées attachées aux tombelles de l’âge du Bronze. La Gueldre, la Campine sont demeurées des régions isolées et pauvres, habitées par de petites communautés paysannes vivant indifférentes aux événements du monde. Aussi les légendes concernant les tombes païennes se sont-elles transmises à travers les ages jusqu’à ces dernières décennies. En se basant uniquement sur ces légendes, des tombelles rasées ou détruites depuis longtemps ont pu être localisées.

Les tombelles du bois de la Houssière

Dans le glossaire toponymique de la ville de Braine-le-Comte paru chez « Zech et fils » en 1892, l’abbé Croquet indique à la page 114 l’existence de 2 tumuli.

Rapport de fouille de Alfred de Loe

Le baron Alfred de Loe, dans son rapport concernant les fouilles faites dans les années 1895 – 1896 écrit :

« Nous sommes allés reconnaître dans le bois de la Houssière les tombelles signalées par l’abbé J-B J Croquet.

Nous en avons rencontré et repéré trois jusqu’ici.

La première, non indiquée par l’abbé Croquet, de forme très régulière mais dont il ne reste plus actuellement que la moitié environ, mesurant 11 à 12 mètres de diamètre et presque deux mètres de hauteur se trouve dans la partie du bois située sur le territoire de Ronquières à gauche et contre le chemin qui, du lieu dit « rond bonnet » traverse le bois dans toute sa largeur pour aboutir au lieu dit « Pied d’eau » en passant au « Charly des bois », à 2800 mètres du tunnel de chemin de fer de Mons à Bruxelles et à 2000 mètres du canal de Bruxelles  à Charleroi.

Elle est gazonnée et couverte de plantes de myrtille. De grands sapins d’une quarantaine d’années s’élèvent par dessus.

La deuxième ( située en J3 sur la carte de l’abbé Croquet) très apparente, fort régulière et bien conservée, de 17 mètres de diamètre et de 1,5 à 2 mètres environ de hauteur est située surf le territoire de Braine-le-Comte , pas loin de la première, à droite et tout près d’un chemin menant à une maison de garde, à 2700 mètres du tunnel et à 2200 mètres du canal. Elle est gazonnée et couverte d’arbustes et d’arbres de haute futaie ( hêtres et chênes) .

La troisième ( située en I2 sur la carte de l’abbé Croquet) moins apparente que les deux autres mais assez régulière cependant, de 10 à 11 mètres de diamètre sur 1 mètre à peine de hauteur est située à la lisière d’une jeune sapinière, sur le territoire de Hennuyères, et sur l’emplacement d’une station néolithique, à gauche d’un chemin qui, du lieu dit Grande-Table, se dirige vers Oisquercq à 1900 mètres du tunnel et à 3000 mètres du canal. Elle est recouverte de bruyères.

On pense qu’aucune de ces tombelles n’a encore été ouverte. Des fouilles s’imposent donc ici. »

Rapport de fouilles de E. Rafir en 1921

Passons maintenant à un rapport de fouilles de E. Rafir en 1921 et publié dans « 25 années de recherche ».

« Hennuyères. Fouilles de tombelles néolithiques dans la bois de la Houssière, propriété d’Arenberg en 1921. Autorisé par le gouvernement belge et par la Société Lié Marcq  Dinoire à Ecaussines, notre service des fouilles a entrepris des recherches dans les tombelles qui se trouvent dans ce bois.

Tombelle n°1.

Son diamètre est de 12 mètres et sa hauteur de 1 mètre. Au centre de la tombelle, sur une surface de 2 mètres de diamètre, l’on a rencontré un foyer composé de débris de charbon de bois et d’ossements humains incinérés. L’on n’y a pas récolté de silex taillés mais il s’en trouverait, dit-on, sur le plateau environnant ces tombes.

Levée de terre.

A 50 mètres au sud de la tombelle n°1, une levée de terre coupe le promontoire. Elle est bordée d’un fossé de chaque côté.  Des tranchées y furent ouvertes mais n’y révélèrent aucun vestige archéologique.

Tombelle n°2.

Elle est située à 400 mètres au Nord – Nord – Est de la tombelle n°1 et à 75 mètres de la route. Elle est peu visible. Son diamètre est de 10 mètres et sa hauteur de 60 centimètres. Au milieu, nous avons reconnu un foyer de 1 mètre de diamètre dont la partie centrale reposait sur un lit de pierres placées intentionnellement. Ce foyer contenait des ossements incinérés mais pas de terre rougie par l’action du feu, ni de débris de poteries ou fragments de silex taillés.

Tombelle n°3.

Elle se trouvait à 20 mètres de la tombelle n°2. Son diamètre est de 10 mètres et sa hauteur de 60 centimètres. L’on n’y a rien recueilli.

Tombelle n°4.

Cette magnifique tombelle occupe le point culminant d’un plateau déboisé. Son diamètre est de 12 mètres et sa hauteur de 1 mètre. Des traces de foyer ont été rencontrées un peu partout sur la surface du sol de la tombe. Au centre, à 50 centimètres au-dessus du foyer, c’est-à-dire à mi hauteur dans la butte se trouvait un deuxième foyer avec terre rougie par l’action du feu. On n’y a pas récolté d’ossements incinérés, ni silex taillés, ni fragments de poteries.

Tombelle n°5.

On n’y a fait aucune découverte.

Tombelle n°6.

De forme allongée, elle s’étendait sur 30 mètres et avait une hauteur de 75 centimètres. Coupée transversalement par trois tranchées, l’on n’y a trouvé quelques fragments de poteries grossières, un silex et, au centre, des traces de charbon de bois.

Tombelle n°7.

Son diamètre est de 20 mètres et sa hauteur de 1,80 mètre. Elle est entourée d’un bourrelet circulaire de 35 mètres de diamètre. Au niveau du sol en place, on a récolté trois petits fragments de poteries grossières, quatre éclats de silex et des traces de charbon de bois.

Tombelle n°8.

Située à 200 mètres de la tombelle n°7. Son diamètre est de 12 mètres et sa hauteur de 1 mètre. Deux fragments de silex  et des débris de charbon de bois y ont été recueillis.  Au niveau du sol en place, il y avait un lit de pierres.

Tombelle n°9.

Située à quelques centaines de mètres à l’est de la tombelle n°7. Son diamètre est de 22 mètres et sa hauteur de 1,5 mètres. Au centre,à 50 centimètres au-dessus du sol primitif, on a retrouvé de gros fragments de charbon de bois, des ossements humains incinérés et quelques éclats de silex taillés répandus sur une surface de 1 mètre carré. Sur le sol naturellement en place, limoneux et très humide, l’on n’a rien récolté. Une surélévation a donc été faite pour y placer la sépulture. Un bourrelet circulaire de 38 mètres de diamètre l’entourait. «

Article de juillet 1921 de René Lepers.

Pour nous mettre dans l’ambiance de la vie du bois de la Houssière, voici comment René Lepers, journaliste et futur bourgmestre de Braine-le-Comte présente les fouilles aux lecteurs de la feuille d’annonces en juillet 1921.

« Les Tombelles.

Le cimetière qui renferme peut-être plus de vingt-cinq tumulus se trouve sur le territoire boisé de Ronquières. Il est très vaste et est occupé par les profonds ravins du Charly des Bois et le chemin qui court du Rond Bonnet sur le même hameau au delà du Chemin Royal.

Vous autres les chercheurs de myrtilles, vous autres les anciens cueilleurs de noisettes et de châtaignes, au temps où les Seigneurs d’Arenberg n’avaient pas encore donné ordre de couper tout cela parce que cela gênait les chasseurs de lapins et de faisans, vous autres les braconniers qui avez placé tant de rivets et pendu tant de pois de sorbier avez-vous jamais pensé, lorsque vous vous reposiez sur un petit monticule que vous vous trouviez en ce moment-là sur la coupole d’un tombeau ?

Voici un tumulus !

C’est une motte, un monticule à pente très douce, un boursouflement du sol, un mamelon à peine perceptible. La motte varie selon les endroits. Elle est haute d’un mètre à un mètre cinquante, son diamètre va de dix à quinze mètres, sa circonférence de 35 à 45 mètres. Elle est couverte de gazon, d’arbres dont les racines s’enfoncent parfois bien au-delà des dépouilles enfouies. Tantôt, des sapinettes touffues la décorent tandis que des buissons de ronces la couvrent de leur traître manteau. Tantôt encore des fouillis de myrtilles, des fougères arborescentes la dérobent aux yeux des promeneurs et des ouvriers qui sillonnent les bois.

Toutes les tombelles étudiées au bois de la Houssière remontent à l’époque néolithique. Elles sont toutes à incinération.

A part quelques menus débris d’ossements et de très rares fragments de poteries grossières, on n’a guère rencontré que des traces de foyers. Rares ont aussi été les débris de silex. «

Procès-verbal des sondages des tumulus par Ernest et Jacques Sussenaire

Sur le territoire de la commune d’Hennuyères, à proximité de la table de Pierre, station néolithique de Notre-Dame du Foya, atelier de taille et tombelle signalés par Mr l’abbé Croquet en 1891. Des éclats, quelques grattoirs, un nucléus ont été trouvés à proximité par nous-mêmes.

Le 16 septembre 1929, munis de l’autorisation du propriétaire, nous avons décidé de faire des sondages dans le tertre signalé.

Mr l’abbé Croquet émettait l’avis que la tombe avait été fouillé précédemment et à une époque indéterminée.

La tombelle se trouve à côté de l’ancienne sablière Notre Dame du Foya, le long du chemin d’Ecaussinnes à Virginal, dit anciennement « Chemin de la Table de Pierre ». Le tumulus mesure approximativement quinze mètres de diamètre et d’une hauteur actuelle de soixante à nonante centimètres.

Nous avons d’abord creusé dans le centre un puits de quatre-vingt centimètres de diamètre etc dans la direction Sud-Nord, nous avons ouvert une tranchée de faible largeur dans le sens d’un rayon du cercle : de l’extérieur vers le centre.

L’ouverture centrale n’a rien ramené de particulier. Ne tranchée a alors été commencée dans le centre pour rejoindre celle amorcée à l’extérieur. A trois mètres du tertre, nous avons rencontré au niveau du sol primitif quelques résidus de charbon de bois et immédiatement nous nous sommes butés à un amoncellement de pierres « de sable », roches se trouvant en abondance dans tous les terrains voisins.

Dégagées à la fois au Nord et au Sud, nous nous sommes trouvés devant un ouvrage sans forme bien déterminée mais résistant et compact.

Le tout était recouvert par une pierre plate de même nature de soixante centimètres de longueur sur quarante centimètres de largeur environ et d’une épaisseur de quinze centimètres.

L’alvéole formée par les pierres de côté, sans fond, contenait du sable noirâtre, des débris d’os, des morceaux de charbon de bois et un bout de lame de silex.

Quelques éclats de silex, déchets de taille sans intérêt ont été rencontrés au cours de l’ouverture de la tranchée.  Il est à supposer que le déblaiement complet de la tombelle aménerait la découverte d’autres tombes du même genre. «

L’adieu au tumulus de Jacques Sussenaire

« Au bois de la Houssière le 16 septembre 1929.

Munis de pelles et de l’autorisation du propriétaire, trois chercheurs  ( Ernest et Jacques Sussenaire accompagnés de Paul Canon ) affairés s’apprêtent à sonder un tumulus.

Le tumulus en question, signalé par C Dujardin et l’abbé Croquet était situé sur le territoire d’Hennuyères à quelques pas de la limite de Braine-le-Comte, au lieu-dit Notre-Dame du Foyau où se trouve une humble chapelle fixée à un hêtre ( ou fayard), au point où s’embranche sur le chemin dit à Routons une voie menant au hameau du Planois. C’est au secteur Nord de ce trivium que se trouvait le tumulus. D’après leur ouvrage «Glossaire toponymique de Braine-le-Comte » C. Dujardin et l’abbé Croquet laissent entendre que le tertre aurait déjà été fouillé ou du moins aurait perdu considérablement de sa substance.

Sous la lumière dorée de l’été finissant, le site, adossé à la foret déjà un peu jaunie, dominant la plaine cultivée est empreint d’un charme tout romantique. L’endroit apparaît comme une lande sableuse où, parmi des bouquets de grêles bouleaux, des touffes de bruyères fleuries jettent leur note d’un rose délicat. Le sol porte encore la marque d’anciens sillons qui rappellent un infructueux essai de culture de pommes de terre lors de la première guerre mondiale. En contrebas, le blond chemin du Planois serait un décor idéal pour le coche de La Fontaine.

L’objet de la prospection archéologique est une tombelle d’une quinzaine de mètres de diamètre et de quelques quatre vingt cinq centimètres de hauteur.

Un puits est d’abord creusé dans l’axe du tertre jusqu’à rencontre du sol primitif, reconnaissable à sa teinte foncée : cette première opération ne donne rien.

Puis une tranchée est ouverte en suivant le rayon sud de la base. Ce déblaiement, au cours duquel apparaîtront quelques éclats de silex, est entamé concurremment par les deux extrémités. A environ trois mètres du périmètre se découvre une espère de dôme façonné avec les grossières « pierres de sable » qui abondent dans le terrain environnant. Le couronnement de l’ouvrage est un matériau choisi pour ses dimensions ; approximativement  soixante centimètres de longueur, quarante de largeur et quinze d’épaisseur. L’intérieur de la logette contient des débris d’os calcinés, du charbon de bois et un bout de lame de silex mêlés à un sable gris sombre.

Une photo du chantier est prise, après quoi tout et soigneusement remis en place. L’expédition est terminée. Elle  manifestement révélé une sépulture individuelle au sein d’une tombe collective datant de l’époque néolithique. Notons que le caractère sacré du lieu s’est perpétué jusqu’à  nos jours sous la forme d’un modeste oratoire voisin.

A la suite de cette équipée, un rapport circonstancié fut adressé sans retard aux service compétents des Musées Royaux du Cinquantenaire qui dépêchèrent sur place un attaché.

Bien des fois, j’ai fait halte méditative devant « mon » tumulus. Sous la parure changeante des saisons il semblait avoir l’éternité pour lui. L’automne, j’en rapportais quelques brins de bruyère, cette discrète immortelle.

Depuis quelques années cependant, ces pélérinages ne laissaient pas de m’inquiéter. C’est que l’insatiable cratère d’une proche sablière menaçait d’engloutir le fruste monument dans son abîme de laideur.

Désormais, c’en est fait. En quatre secondes, ce que quatre millénaires avaient épargné, l’excavatrice l’a emporté et la poussière du sépulcre profané est allée se mêler au béton des gratte-ciel. Adieu, prédécesseur de l’age de la pierre polie qui nous avez tant donné : élevage et  culture, tissage et commerce, nos moeurs patriarcales si contestées aujourd’hui et jusqu’aux structures linguistiques qui moulent notre pensée et déterminent même nos concepts relatifs au monde transcendant !

Dans la grisaille hivernale, les ombres des ancêtres, privés de leur support, errent désemparées dans les halliers et semblent gémir avec le vent dans les branches. Puissent-elles ne point se muer en implacables vengeresses des démesures humaines! «

Classement des tombelles

Le 8 mars 1991, la région Wallonne, division des monuments, sites et fouilles fait savoir à la ville de Braine-le-Comte qu’elle a décidé d’entamer la procédure légale en vue du classement éventuel comme monuments de quatre tombelles protohistoriques.

Intérêt de ce classement

La tombelle était la structure sépulcrale la plus répandue à l’époque du Bronze ancien-moyen. Deux de ces tombelles proposées au classement (n° 1 et 2) appartiennent à un type bien connu, celui des tombelles à enceinte, tertres encerclés par une levée de terre circulaire et un fossé. Ces tombelles, à rapprocher de la civilisation d’Hilversum sont relativement rares. Un historien, L. Van Impe en a retenu vingt-deux pour la Belgique et les Pays-Bas dont six en région wallonne : Bonlez, Limal, Rixensart et les deux tertres de Braine-le-Comte .

La tombelle 3 se présente sous la forme d’un tertre allongé. Dans ce cas également, les exemples ne sont pas légion. En Belgique, on peut seulement la comparer aux structures d’Ottembourg et de Grez Doiceau.

Soulignons encore leur remarquable état de conservation, ce qui ajoute à l’intérêt patrimonial de ces tombelles.

A début du vingtième siècle, on comptait dans le bois de la Houssière neuf tombelles. Cinq d’entre elles ont disparu dans les carrières de sable.

Situation des tombelles

« Ces tombelles se situent dans le massif forestier dit « Bois de la Houssière » situé sur le territoire des anciennes communes de Braine-le-Comte, Hennuyères et Ronquières.

Ce bois a été classé en 1940 en raison de sa « valeur historique, esthétique et scientifique ». Mais son intéret archéologique n’a jamais été souligné.

Grâce à cette foret séculaire assurant l’absence d’érosion, les modifications du relief que l’homme y a pratiquées il y a 3500 ans restent encore visibles. C’est ainsi que subsistent dans ce site classé quatre tombelles protohistoriques reconnues depuis 1892 et fouillées en partie en 1921 par Mrs De Loë et Rahier.

Ces vestiges archéologiques sont maintenant menacés par les techniques modernes de débardage. C’est pourquoi, il conviendrait de classer ces tumuli comme monuments et de revoir certaines dispositions de l’arrêté royal de 1940 et plus précisément la liste des restrictions aux droits des propriétaires. «

Description des tombelles

Tombelle 1.

Structure à enceinte conservée sur deux mètres environ de hauteur. Elle est bien visible. L’enceinte est coupée au  sud par un ancien chemin et au nord par la passage récent de véhicules y créant ainsi de profondes ornières. Le tertre a également été perturbé à l’occasion de l’abattage d’un arbre.

Tombelle 2.

Tombelle a enceinte bien apparente et conservée sur un mètre soixante de haut. Son état de conservation est excellent. Il faut toutefois signaler un sentier qui entame le bourrelet d’enceinte au Sud.

Tombelle 3.

Structure de forme ovale, très étirée sur plus de trente-cinq mètres de long. Elle est perturbée dans sa partie Est par une excavation.

Tombelle 4.

Tombelle moins élevée que les précédentes mais parfaitement conservée. Son intérêt consiste dans le fait de n’avoir jamais été fouillée.

Contenu des tombelles

Dans le livre « La Belgique d’avant les Romains », le professeur De Laet nous explique que les tombelles à enceinte sont des tumuli encerclés par une levée de terre circulaire et par un fossé. Les sépultures de ce type sont d’origine anglaise et ont été introduites dans nos contrées par les immigrants de la civilisation d’Hilversum. Chez les « Discs-barrows » britanniques, le fossé est situé entre le corps de la tombelle et la levée de terre. Sur le continent, le tertre est entouré d’une plate-forme plus ou moins large au niveau de la surface du sol, d’une levée de terre et d’un fossé périphérique extérieur. Les tombelles à enceinte paraissent être liées exclusivement à la civilisation d’Hilversum. Malheureusement  pour les fouilleurs rapaces, aucune offrande funéraire n’est déposée dans ce genre de tombelle mais  pour les fouilleurs idéalistes, une tombelle reste une page d’Histoire  qu’ils savent décrypter.

Au sud de Eindhoven, on a fouillé minutieusement une tombelle  qui ne contenait aucune poterie, ni d’objet en métal mais voici ce qu’on a pu y décrypter : » Le défunt était un enfant qui n’avait pas dépassé l’age de 7 ans. Son corps fut brûlé sur un bûcher et ses ossements incinérés ont été mélangés à des charbons  encore ardents provenant du bucher ce qui permit une datation radiocarbone de 1300 ans avant notre ère. C’est l’étude ostéologique des ossements incinérés qui nous renseigne sur l’âge et le sexe du défunt. Les cendres furent déposées dans une fosse peu profonde.

Au dessus de cette tombe on érigea une petite maison mortuaire très légère constituée de quatre minces poteaux destinés à porter un toit léger, une sorte de dais. Le tout fut entouré d’une mince palissade périphérique dont les poteaux très minces étaient peut-être reliés entre eux par des branchages entrelacés. Les assistants ont alors participé à un repas funéraire qui s’est déroulé en dehors de cette palissade. Peu après, la maison funéraire et la palissade furent enlevés et la tombe fut recouverte d’un tertre, en mottes de bruyère et la base fut cernée par une couronne de seize pieux formant un cercle presque parfait. Les huit diagonales qui relient les poteaux se croisent exactement au centre. Des traverses relient le sommet des pieux sauf au sud où l’on bloque rituellement l’entrée. Un feu rituel a été allumé au moment de cette fermeture qui marque la fin des cérémonies. Vingt ans plus tard, le tumulus fut réutilisé pour une nouvelle sépulture.

Entre temps, les vents  dominants du sud-ouest avaient légèrement érodé la tombelle de ce côté et déposé du sable sur la flanc nord-est. Le centre du monticule s’est donc déplacé et on y fit la deuxième sépulture. Pour obtenir un cercle à partir de ce nouveau centre, la nouvelle structure périphérique fut désaxée par rapport à l’ancienne.