Article original paru dans « Entre Senne et Soignes » n° 3 – 1969
Auteur: Jean-Pierre CAYPHAS

Chronologie

Les premiers seigneurs qui occupent Fauquez dès le début du XIIIeme siècle font partie de la Maison d’Ittre. Un de leurs descendants, Etienne d’Ittre, épouse Alice de Grimberghe, dame d’Ittre, ce qui a pour effet de réunir les deux seigneuries.
Le domaine passe au XIV eme siècle à la Maison de  Steenkerke puis, peu de temps après à la Maison d’Enghien qui la conserve jusqu’en 1486. Le dernier membre de cette famille, Englebert d’Enghien,  ( troisième du nom) donne Fauquez à sa fille naturelle Marguerite d’Enghien. Celle-ci épouse en 1480 Paul Oeghe à qui nous devons le larmier de Fauquez , un des rares témoignages tangibles du château de Fauquez.
En 1488, le château de Fauquez est fortifié à l’initiative de  Paul Oeghe.
La famille Oeghe, qui prend alors le nom de Fauquez, conserve la seigneurie jusqu’en 1567. Celle-ci passe ensuite aux mains des Maisons de Harchies et de la Viesville pour parvenir enfin, en 1654 à l’illustre famille des Herzelles.
Philippe de Herzelles, dont la vie abonde en glorieux épisodes, premier seigneur de ce nom à Fauquez prend possession en 1662 des seigneuries de « Faucuwez, Ittre, Samme et Sart » qu’il avait obtenues de son oncle Charles-François de la Viesville par une donation entre vifs du 20 novembre 1654.
C’est sous ses descendants que la seigneurie de Fauquez allait être érigée en marquisat par des lettres patentes du roi Charles II d’Espagne. Guillaume-Philippe fut le premier Marquis de Fauquez. Son fils Albert-Antoine, décédé à l’age de 12 ans, eut comme successeur Ambroise-Joseph de Herzelles, son cousin germain, né en 1680.
Le troisième marquis de Herzelles se maria trois fois mais n’eut aucune descendance de ses trois épouses. De 1733 à 1739, le marquis de Fauquez, Ambroise Joseph de Herzelles, chambellan de l’Empereur, surintendant et directeur général des Finances et des Domaines des Pays-Bas, donne à son château de Fauquez l’éclat et le lustre de son siècle.
La dernière de celles-ci, Christine-Philippine- Élisabeth , marquise de Trazegnies, fut instituée par son mari héritière de ses biens à charge de les laisser après sa mort aux deux enfants qu’il avait eux d’Anne-Charlotte de Saint-Amand et pour lesquels il avait obtenu des lettres de légitimation.  Mais le marquisat de Fauquez ne devait plus avoir de titulaire. Louis-Antoine et Charles-Ferdinand de Herzelles moururent tous les deux avant leur belle-mère et n’eurent pas de postérité. Des membres de la famille de Herzelles contestèrent alors les droits de la marquise et le conseil de Brabant ordonna en 1761 la mise sous séquestre du domaine.
Le château resta inoccupé pendant près de 65 ans et souffrit tant de cet abandon que les héritiers, les partages enfin terminés, se mirent d’accord pour le livrer aux mains d’un démolisseur. La ferme du château échappa à ce funeste destin.
Ce fut Louis Guilmot qui, en 1827, acheta l’ancien castel pour le démolir et en revendre les matériaux. Il n’acheva pourtant pas son oeuvre de démolition. Le château fut délaissé alors que les ruines formaient encore un carré dont les murs atteignaient parfois quatre mètres.
Peut-être peut-on justifier cet abandon par la peur de l’écroulement d’un tel monceau de pierres et de briques. Cet inachèvement permit en tout cas d’ajouter un fleuron poétique, sentimental et triste à la fois à la légende de Fauquez: les ruines.
Selon Tarlier et Wauters, les ruines ne formaient que les caves voutées du château. Des indices surpris lors de la constatation de l’enlèvement des dernières ruines nous amènent à penser que subsistaient en fait les murs du rez-de-chaussée.
Peu de documents existent sur la vie du domaine de Fauquez au XIX eme siècle. On sait toutefois que les ruines suscitèrent toujours un vif intérêt et que l’on prit souvent plaisir à les dessiner.
Emile Puttaert, qui dessina si finement nombre de monuments et de demeures historiques en Belgique, se rendit notamment à Fauquez. Ces dessins des ruines du XIX eme siècle présentent une certaine importance . Ils nous montrent en effet les ruines encore dépourvues de cette abondante végétation qui allait camoufler à tout jamais une bonne partie des murs et déguiser ainsi l’aspect véritable.
La ferme castrale de Fauquez
Abordons maintenant les différents problèmes que suscitent la ferme castrale de Fauquez qui faisait partie de l’enceinte, partie intégrante du château.
Les deux gravures publiées par le baron Le Roy en 1699 montrent distinctement la ferme formant un carré dans le prolongement du château, ce dernier dominant la colline. Tarlier et Wauters donnent une description assez détaillée des deux gravures. Ils nous parlent notamment d’un fossé rempli d’eau entourant le château.
Mr Freddy Hiernaux, chercheur de la région, nous déclara à ce sujet après s’être enquis de la nature géologique du sol que le maintien d’une si grande masse d’eau était certainement rendu difficile par la nature d’un sol schisteux ordovicien fortement feuilleté.
Il existe une autre gravure où on peut distinguer le château formant un angle droit, côté sud, le long  bâtiment de la ferme à gauche, côté ouest, des bâtiments servant d’étables et d’écuries ainsi qu’une petite chapelle à droite, côté est, et enfin, au Nord, de ravissants jardins.
L’atlas des chemins de la commune d’Ittre de 1845 et le plan cadastral Popp de 1858 ne mentionnent plus que deux bâtiments de la ferme castrale : la ferme proprement dite à l’ouest et , à l’est, les bâtiments formant étables et écuries dont parlent Tarlier et Wauters en ajoutant qu’ils « sont actuellement fort dégradés et habités par des journaliers ». Une constatation de 1860, année de parution de « Géographie et Histoire des communes belges »  qui nous amène à la conclusion qu’ils furent détruits peu de temps après.
Aucune trace de ces bâtiments situés à l’est ne subsistaient en 1900, époque à laquelle disparait la ferme proprement dite.
Le passage des religieuses d’Aywieres
Il est utile de rappeler que les religieuses de l’abbaye d’Aywières, dépositaires des reliques de Sainte Lutgarde, furent expulsées de leur couvent à la révolution française. Après avoir erré de résidence en résidence, celles-ci viennent trouver refuge au château de Fauquez en 1806. En 1819, elles font don à l’église d’Ittre des reliques de Sainte Lutgarde.  Cette donation comprenait notamment la châsse en argent de 1624, véritable trésor de l’orfèvrerie.
Lors de la démolition du château en 1827, les reliques sont transportées solennellement à Ittre et les dernières religieuses de la communauté s’établissent dans l’aile gauche du château d’Ittre, mise à leur disposition par le marquis Charles-Maximilien de Trazegnies d’Ittre. En 1832 enfin, elles se fixent  dans une demeure que leur avait fait bâtir le curé Tricot. La date de 1831 est gravée sur une des poutres maîtresses de la charpente du bâtiment.
La vie des ruines
C’est au début du XX eme que survient l’anéantissement du dernier vestige du château de Fauquez. En 1900- 1902, la foudre tombe sur la ferme et l’incendie presque complètement. Des tisons et morceaux de bois calcinés auraient été retrouvés à l’occasion de fouilles récentes dans le prolongement des ruines côté ouest, endroit correspondant à l’emplacement de la ferme incendiée.
La plupart des contemporains se plaisent à dire que les ruines de Fauquez continuèrent d’attirer et de captiver des visiteurs. Quel n’était pas, en effet, l’envoutement pour cette masse encadrée de végétation, pour ce sol où affleurait le charme sauvage de ces ruines, pierres finement taillées ou présentant l’aspect fruste et brut de la rocaille.
Déjà l’exploitant de la ferme nouvelle, reconstruite après l’incendie à 150 mètres environ de l’ancien emplacement, y voyait un élément de satisfaction. Il subsistait une cave couverte où de nombreuses têtes de bétail pouvaient s’abriter. L’expression locale la décrivait comme « le trou à vaches » formant le coté ouest du complexe des ruines.
De nombreux camps scouts furent organisés dans les ruines et les écoles de la région y conduisirent parfois leurs élèves.
En 1927, Arthur Brancart, fondateur des verreries de Fauquez, y fit ériger une croix monumentale pour commémorer le souvenir de Sainte Lutgarde dont les reliques étaient vénérées dans la chapelle castrale de Fauquez.
Des souterrains
La rumeur locale fait état, parfois avec insistance, de l’existence de souterrains partant de Fauquez. L’hypothèse la plus répandue parle d’un souterrain qui allait rejoindre le château d’Ittre et se prolongeait jusqu’au château de Bois-Seigneur-Isaac, en passant en dessous de l’école des Sœurs des Sacrés-Coeurs. Cette hypothèse est aussi très fantaisiste.
Un autre souterrain aurait relié le château de Fauquez à la tour d’Asquimpont, ancienne forteresse, vigie sur la Senette, que Paul Oeghe a d’ailleurs fortifiée lors des guerres de 1488. Mais, encore une fois, aucun élément de preuve, si fragile soit-il ne permet d’étayer cette thèse.
L’emprise du canal
La vie des ruines de Fauquez ne peut être dissociée de l’existence du canal de Bruxelles à Charleroi tout proche. Déjà en 1832, les ruines encore orgueilleuses voient couler bien en-dessous d’elles un canal qu’elles pouvaient encore considérer comme un mince filet d’eau, les péniches ne jaugeant alors que 70 tonnes.  L’élargissement sensible du canal avant la première guerre mondiale le voit arriver au pied de la colline. Le tonnage est alors porté à 300 tonnes.
La mise à grande section du canal qui le rend accessible aux péniches de 1350 tonnes emporte les ruines de Fauquez. Il s’en fallut de peu pourtant pour qu’elles n’échappent à leur destin d’engloutissement.  Le plan d’expropriation original ne prévoyait pas la disparition du site.  Ce n’est que lorsque les travaux furent en cours d’exécution que les ingénieurs proposèrent au propriétaire le rachat des ruines pour les utiliser comme grosse maçonnerie et renforcer ainsi les digues du canal. Les bulldozers entrèrent alors en action, grignotant rapidement l’emplacement du château.  
Cela n’empêcha pas quelques fouilleurs de la région de poursuivre leurs recherches méthodiques.
Le déblaiement de la végétation et d’une partie des ruines devait même permettre des constatations qu’il eut été impossible de réaliser sans cela. Des embrasures de portes et de fenêtres redevinrent visibles. Serait même apparue une grande salle aux contours nettement dessinés avec, au centre, une cheminée monumentale mais dépouillée de toutes ses pierres sculptées.
Toutes ces constatations excluent l’hypothèse que les ruines ne représentaient plus que les caves du château.
Tarlier et Wauters émettent l’hypothèse selon laquelle le dernier château remonterait au début du XVIII eme siècle. L’hypothèse  est vraisemblable , les ruines qui formaient un carré d’environ 50 mètres de côté ne représentant pas le tracé des deux bâtiments en angle droit du château de 1689. Des chercheurs ont pourtant rapporté avoir distingué durant les trop brefs instants où cette partie fut dégagée des superstructures de constructions formant un angle droit.
Une couronne en pierre représentant le symbole marquisal fut retrouvée à l’intersection des côtés Est et Sud à proximité de la tour carrée ayant subsisté à toutes les époques.  Il est présumé que la couronne faisait partie d’un ensemble architectural en pierre surmontant un des portiques  d’entrée du château. Le pendant de la couronne, grosse pierre taillée aux armes des Herzelles, se trouvait à l’entrée des bureaux des verreries de Fauquez.
En passant à Fauquez, vous ne verrez plus que le canal, large et immense et le reste de la colline nettement découpée. Mais, si d’aventure, ne grimpant vers le sommet, vous apercevez à la limite de la prairie un sol légèrement caillouteux et de teinte brunâtre, vous aurez découvert la dernière trace des ruines du château de Fauquez.