La carte de Cassini ou carte de l’Académie est la première carte générale du royaume de France. Il serait plus approprié de parler de carte des Cassini, car elle fut dressée par la famille Cassini, principalement César-François Cassini (Cassini III) et son fils Jean-Dominique Cassini (Cassini IV) au xviiie siècle.

L’échelle adoptée est d’une ligne pour cent toises, soit une échelle de 1/86400 (une toise vaut 864 lignes).

Cette carte constituait pour l’époque une véritable innovation et une avancée technique décisive. Elle est la première carte à s’appuyer sur une triangulation géodésique dont l’établissement prit plus de cinquante ans. Les quatre générations de Cassini se succédèrent pour achever ce travail. La carte ne localise pas précisément les habitations ou les limites des marais et forêts, mais le niveau de précision du réseau routier est tel qu’en superposant des photos satellite orthorectifiées, ces dernières correspondent presque totalement avec les routes dessinées plus de 200 ans avant.

Le travail des Cassini laissa même son empreinte sur le terrain où l’on trouve encore aujourd’hui des toponymes dits « Signal de Cassini », qui révèlent les lieux où s’effectuèrent les mesures de l’époque. Ces points de repères correspondent aux sommets des mille triangles qui formaient la trame de la carte de Cassini.

Cette carte est encore consultée de nos jours par les chercheurs. Elle intéresse tout particulièrement les historiens, les géographes, les généalogistes, les chasseurs de trésors et les écologues qui ont besoin de faire de l’écologie rétrospective ou de comprendre l’histoire du paysage.

César-François Cassini

Il est le second fils de Jacques Cassini et de Suzanne Françoise Charpentier de Charmois. Élevé par son grand-oncle Jacques-Philippe Maraldi, il montre très tôt des dons pour l’astronomie. Sa carrière scientifique s’engage au moment du débat des cartésiens contre les newtoniens, concernant la forme de la Terre. Il entre à l’Académie des sciences comme adjoint astronome surnuméraire en 1735, adjoint astronome en 1741, puis pensionnaire astronome en 1745.

Il épouse en 1747 Charlotte Drouin de Vandeuil, dont il a deux enfants, Jean-Dominique (Cassini IV), qui lui succèdera à l’Observatoire, et Françoise Elisabeth. Il est par ailleurs maître ordinaire à la Chambre des comptes et conseiller du roi, membre étranger de la Royal Society et de l’Académie de Berlin.

Comme tous les Cassini, il habite le même appartement du premier étage de l’Observatoire de Paris et obtient que ce droit devienne héréditaire.

Ses travaux astronomiques ne sont pas restés dans l’histoire des sciences. Cassini III fut avant tout un cartographe de grand talent. Sa carte de France est un des classiques du genre. Il corrigea la méridienne qui passe par l’Observatoire et fut chargé de la description géométrique de la France. Le fruit de ses travaux fut cette belle carte de la France, composée de 180 feuilles, qui fut publiée au nom de l’Académie des sciences de 1744 à 1793, et qui offrait la représentation la plus fidèle du pays, sur une échelle d’une ligne pour 100 toises. César Cassini n’ayant pu achever cette vaste entreprise, son fils Jean-Dominique Cassini fut chargé de la terminer.

Jean-Dominique Cassini

Fils de César-François Cassini (Cassini III) et de Charlotte Drouin de Vandeuil, il fait ses études secondaires au collège du Plessis à Paris, puis chez les Oratoriens à Juilly. En 1768, il voyage sur l’océan Atlantique en tant que « commissaire pour l’épreuve des montres marines » inventées par Pierre le Roy. Il voit ainsi les Amériques et les côtes d’Afrique. En 1770, il est élu adjoint astronome à l’Académie royale des sciences, dont il devient membre associé en 1785.

Il prend peu à peu la place de son père, malade, à l’Observatoire, dont il est nommé directeur en 1784. Il tente alors d’engager des réformes : restauration du bâtiment, de plus en plus délabré, et réorganisation du lieu.

Il participe par ailleurs aux travaux sur la carte de France (chargé de la terminer, il en fait hommage à l’Assemblée nationale en 1789) et aux opérations géodésiques de raccordement des méridiens de Paris et de Greenwich.

Aux premières heures de la Révolution française, il se voit confier plusieurs charges politiques et participe aux travaux de la commission de l’Académie chargée de préparer le système métrique. Partisan de la monarchie, il démissionne de ses fonctions en septembre 1793. Dénoncé par le Comité révolutionnaire de Beauvais, il est incarcéré pendant sept mois, de février 1794 à août 1794, au couvent des bénédictins anglais de la rue Saint-Jacques. Relâché, il se retire dans son château de Thury. Il démissionne du Bureau des longitudes en 1795, de l’Institut en 1796, mais, en 1799, il accepte son élection comme membre de la section d’astronomie de la nouvelle Académie des sciences.

Par la suite, il se consacre surtout à des écrits polémiques destinés à se justifier et à défendre le prestige scientifique de sa famille. Ses Mémoires pour servir à l’histoire des sciences et à celle de l’Observatoire royal de Paris paraissent en 1810.

Il ne se consacre plus ensuite qu’à ses charges de maire de Thury et de juge de paix dans le canton de Mouy. Napoléon Ier, puis Louis XVIII, le pensionnent et le décorent. Son fils est Gabriel Cassini.