A découvrir dans ce chapitre
Biographie sommaire  | Ronquières avant l’an mil | Ronquières au Moyen Age | La vie religieuse à Ronquières | La commune de Ronquières | La vie industrielle à Ronquières | St Sébastien | Les brasseries de Ronquières | Les chapelles |  Les niches sanctiorielles |  Les dindons à Ronquières | Les écoles |La ferme historique de Haurut | La ferme du Quesnois | La cense de la Bruyère |  Ronquières se développe | Droits des seigneurs d’Enghien à RonquièresLes derniers siècles | L’abbaye de Cambron à Ronquières | Les moulins à vent | Les Canart | Le choléra en 1866 | L’industrie linière et cotonnière |  Le Rouge Lion ou la maison des Filtiers  | Etienne Denis et l’industrie linière à Ronquières | Etienne Denis et l’industrie cotonnière à Ronquières | La filature de Louis Desmedt | La papeterie de Gueulo

La paroisse et la vie paroissiale.

La vie religieuse de Ronquières semble s’être manifestée avant la vie communale. Elle se rattache à l’activité monacale du prieuré d’Haurut.  Les bénédictins en furent les premiers animateurs et, après eux, les cisterciens.  Il semble certain qu’un centre religieux existait à Ronquières avant les années 980 quand Bernard avec ses serfs et ses serves exploitait le plateau de Haurut. Il est permis de penser qu’un moine itinérant était chargé de visiter la paroisse. C’est vraisemblablement pour stabiliser la situation religieuse à Ronquières que l’évêque de Cambrai donne, en 1134, les « altarias » de Ronquières à l’abbaye de Saint Ghislain.

En 1182, quand l’abbaye de Saint Ghislain donna à l’abbaye de Cambron son prieuré d’Haurut, elle y joignit les « altarias » de Ronquières.

L’abbaye de Cambron possèdera la paroisse jusqu’à la fin de l’ancien régime et partagea avec le curé nommé par elle une part des dimes et des oblations.

Les curés de Ronquières

Quand, en 1134, l’évèque de Cambrai « Liétard » donna aux bénédictins l’église et la paroisse de Ronquières, il est permis de penser que les moines d’Haurut y exercèrent les fonctions pastorales et que, après 1182, les cisterciens firent de même.

Mais il arriva que ceux-ci se déchargèrent sur un prêtre séculier le soin d’administrer la paroisse de Ronquières.  Ce curé était nommé par eux et l’abbaye collatrice partageait avec le curé les revenus paroissiaux et, en particulier, les oblations et les dîmes. Ce droit de collation, l’abbaye de Cambron le garda intact jusqu’au  seizième siècle. Le 11 septembre 1513, le pape Léon X le limita au profit de l’université de Louvain qui reçut le droit de représentation aux cures des Pays-Bas.

L’université pouvait exercer ce droit deux fois pendant la vie du collateur ou tous les dix ans quand le collateur était une communauté religieuse.

Nous connaissons les noms de quelques curés qui furent ainsi nommés : Abraham Demoulin en 1641, Antoine Leto en 1724, Emmanuel Laurent en 1776. Nous croyons que Jean Antoine qui avait fait ses études et qui fut nommé curé de Ronquières fut aussi nommé par Louvain.

Le curé vivait des revenus de la messe paroissiale constituée par le presbytère et une dizaine d’hectares de terres. Il recevait en outre une partie des dîmes et des oblations. Et plus tard, l’abbaye collatrice fut obligée de lui payer une portion congrue.

Les pasteurs de Ronquières

Ronquières a du avoir des pasteurs du clergé séculier au moins depuis 1134. C’était une condition formelle imposée aux abbayes par l’évêque lorsqu’il leur donnait une paroisse.

Le premier pasteur mentionné est « Amandus », presbytérien de Ronquières en 1190 et en 1197.

En 1217, Johannes de Runchires. Précédemment, les curés recevaient le tiers de toutes les dîmes et revenus de l’église.

Godefroid accepte un nouveau règlement, c’est-à-dire une portion congrue de 20 livres de Hainaut en échange de son tiers de grosses dîmes. Il abandonne la dîme des laines et agneaux sous réserve de la part ordinaire du clerc. Il reçoit toutes les menues dîmes et offrandes à l’église, conserve le tiers des légatas d’une valeur supérieure à cinq sous de Louvain et obtint l’intégralité des autres légatas. Il supportera les dépenses de synodalia (à l’évêque) et des frais de visite de l’archidiacre et du doyen.

Comme on peut le penser, ce règlement n’empêcha pas maintes contestations. C’est ainsi notamment qu’un arbitrage du intervenir en 1315 pour déceler de la nomination du clerc glissier et l’attribution des draps, linceuls, chandelles  et tortis apportés avec les morts lors des enterrements. Il fut du reste modifié et complété par divers menus accommodements. En 1300, le curé Frankenaire, en 1350 le curé Hubert Duvekin. Avant 1448, sire Martin, jadis curé de Ronquières tenait avec Jean de la Luet 2 bonniers de terres et de pâturages tenant à Gioulx de l’Escaille (Au Quesnoy) .

Les papes Sixte IV et Léon X en 1513 accordent à la faculté des arts de l’université de Louvain  le privilège de présenter un candidat curé une fois tous les 10 ans, lorsque le patronat appartenait à une communauté ecclésiastique ce qui était le cas de Cambron à Ronquières.

En février 1569, Sire Martin Boart, d’une famille de Nivelles, fils de François Boart, curé pasteur, il assiste le calviniste Jean Taminiaux, greffier de Ronquières allant «  à son dernier supplice » : il fut pendu à un arbre de son jardin de la grande maison en face de la porte de l’église. Au 15 décembre 1571, il a 31 ans et est encore mentionné au 22 juillet 1576.

En 1585, au 15 novembre on trouve Jaspar Ninonvres. Puis il y eut Guillaume Snoeck.

Au 31 mars 1591 est nommé Firmin Bonnemain, décédé le 16 octobre 1601. Est alors désigné par Cambron Nicolas Pochérianus ou des Sérinchamps.

Le 6 juin 1639, c’est André Mulpas né à Braine-Le-Comte qui lui succède, désigné aussi par Cambron. Il décède prématurément en décembre 1640 et est inhumé dans l’église, d’après sa pierre tombale.

En 1641, en février est désigné Abraham Desmoulin, né à Hennuyères. Il est installé sur présentation de la faculté des arts de l’université de Louvain où il était encore aux études. Il restera à Ronquières jusqu’à sa mort survenue le 23 mai 1703, à l’âge de 87 ans, alors qu’il venait d’avoir cédé sa cure à Maître Joseph Dessard « per permutationem canonicam », en échange d’une pension de 150 florins. La permutation approuvée par Cambron le 31 mai et par l’évêque de Namur le 2 juin 1703.  Il avait construit la cure à ses frais pour 1927 florins, sauf 100 florins donnés par Cambron. Depuis 1673, il était, tout en restant curé de Ronquières, doyen de la chrétienté de Nivelles.

Pendant tout un temps, il avait dirigé une exploitation agricole comprenant à un moment donné jusqu’à une vingtaine de bonniers, terres et prés (neuf bonniers de la messe pastorale, quatre et demi bonniers de biens personnels et six bonniers de terres en location). Au recensement il déclarait un valet, une servante, deux chevaux, un poulain, douze vaches et veaux et deux cochons. Une pierre tombale rappelle sa mémoire.

Le 31 mai 1703, Maître Jean-Joseph Dessard est nommé par Cambron. C’était un ronquiérois né en 1670 à la ferme de la bruyère et sa mère était la sœur d’Abraham Desmoulins. Il mourut en fonction le 25 septembre 1724 et sera inhumé dans l’église.  Son frère Jean-Baptiste Dessart, né en 1676, curé de Villers la Ville en 1716, doyen de la chrétienté de Genappes en 1735 et décédé en mai 1759 avait choisi le même lieu d’inhumation. Leurs pierres tombales existent encore aujourd’hui.

Comme son prédécesseur, Jean-Joseph Dessart s’étaitoccupé de cultures, ainsi qu’on peut le constater par le détail de la vente faite après son décès.

Le 6 octobre 1724, Antoine Joseph Leto, né à Baudour en 1699, est nommé sur présentation de Louvain. Il restera jusqu’à sa mort le 7 août 1756. On voit toujours sa pierre tombale.

Le 17 juin 1759, Antoine-Joseph Gérard, baptisé à Namur le 18 octobre 1722 est nommé par Cambron.  Il est décédé en 1775. De son temps, l’église fut agrandie et son mobilier embelli. Le 23 mai 1776, Philippe Emmanuel Laurent de Jodoigne reçoit l’investiture canonique de Louvain. Il est âgé de 41 ans. Il décède à Ronquières le 23 juin 1793après avoir eu de vifs démêlés, deux avec Cambron à propos de sa compétence et de la reconstruction du presbytère.

Du 19 juilet 1793 au 17 juin 1794, Pierre-Joseph Dupire est « Desservitor ». En 1794, Jean-Baptiste Bertrand, né à Wavre en 1760 est nommé sur présentation de Louvain. Il serait resté caché à la ferme de Haurut pendant plus de trois ans, de 1797 à 1800. Il avait refusé le serment de haine à la royauté.

Avec le concordat de 1801, la paroisse est classée dans les succursales et ses pasteurs sont desservants. Auparavant, les pasteurs ronquiérois étaient nommés et rétribués par Cambron. Ils restèrent en fonction à Ronquières jusqu’à leur décès. Désormais, ils seront désignés par l’évêque de Tournai  et rétribués par l’état et encadrés dans la hiérarchie du diocèse. Ils ne feront ordinairement plus à Ronquières qu’un passage plus ou moins court.

Parmi les 15 desservants qui se sont ainsi succédés depuis 1801, citons seulement comme exemple :

  1. Abbé Philippe Edward Conart qui resta 26 ans de 1850 jusqu’à son décès le 14 avril 1876. Il fut inhumé à Ronquières et ses paroissiens lui élevèrent sur la façade de l’église un monument commémoratif en reconnaissance du dévouement qu’il avait montré lors du choléra de 1866.
  2. Abbé Georges Malherbe. Il resta de 1905 jusqu’à sa retraite en 1948 ? De son temps, l’église, frappée par la foudre le 24 juillet 1924, est incendiée.  Elle fut restaurée en 1927 et classée un an plus tard comme monument historique ainsi que son mur de soutènement, par arrêté royal du 12 mars 1950.

Les chapelains et vicaires de Ronquières

Il est permis de penser que les premiers vicaires de Ronquières furent les bénéficiaires des chapelleries qui y furent fondées au cours des siècles dans l’église paroissiale : la chapellerie Notre-Dame au 14eme siècle et la chapellerie Saint Michel au 16eme siècle.

Les chapelaines devaient décharger les messes qui y furent fondées. On peut admettre que les chapelains disaient les dimanches et les jours fériés une messe dominicale. Le binage n’était pas admis. Il fallait un second prêtre pour que la paroisse ait une seconde messe. Et comme l’abbaye de Cambron n’avait que l’obligation d’établir un curé à Ronquières, la communauté du prendre en charge les frais résultant de la nomination d’un vicaire. Les archives nous conservent l’acte par lequel, le 30 octobre 1669, le curé, le maire, les échevins et les notables procédèrent à la collation du poste de vicaire, tout en lui accordant une rémunération suffisante.

L’église paroissiale de Ronquières

Nous ne savons rien de l’église paroissiale de Ronquières avant le 13eme siècle, si ce n’est qu’on la nommait « Altaria ». Il est permis de penser qu’elle était à l’image des maisons primitives, c’est-à-dire faite de bois et couverte de chaume. L’église actuelle, construite par les cisterciens au 12eme siècle en matériaux durs est la première église en pierre qu’ai connu Ronquières. Elle est de style gothique et a connu au cours des siècles des agrandissements et des modifications diverses.

La tour et la grande nef en sont les éléments primitifs. Le transept Nord et la chapellerie Notre-Dame sont du 14eme siècle. Le transept sud et la chapellerie Saint Michel sont du 15eme siècle.  Quant aux bas-côtés ils ont été reconstruits dans la seconde moitié du 18eme siècle.  L’église ainsi agencée a été détruite par la foudre en juillet 1924. Elle a été reconstruite et consacrée par Monseigneur Rasneur, évêque de Tournai le 24 juillet 1927.

L’église de Ronquières avait deux chapelles. Celle de Notre-Dame, localisée dans le transept Nord avait été fondée en 1353. On devait y dire trois messes par semaine. La chapelle Saint-Michel, fondée en 1506 par le fermier Michel Posty avait son autel dans le transept sud. On y disait quatre messes par semaine.

Le mur d’enceinte de l’église

Le mur d’enceinte de l’église recèle une grande quantité de pierres tombales.

La pierre du curé André Mulpas : « En ce lieu repose le corps de vénérables personnes, maître André Mulpas formé par la sainte théologie, qui trépasse le 13eme jour de décembre 1640. Il était de Braine-Le-Comte et avait été  le « farnulus » domestique élève du fameux François Dubois ou Docteur Sylvius de cette ville, professeur à l’université de Douai. »

La pierre d’Abraham Desmoulin : « Ici git Maître Abraham Desmoulin. Ayant été pasteur en ce lieu pendant 63 ans, doyen 30 ans de Nivelles. » Il mourut âgé de 87 ans en 1703. Il a fait et dit : «  C’est assez lecteur, Requiescat in pace ». Abraham Desmoulin était originaire de Braine-Le-Comte et son père était tenancier du chapitre de Nivelles. Il est enterré dans le chœur de l’église, à gauche de face. Vous pouvez admirer dans le mur le magnifique mausolée de pierre bleue.

La pierre du curé Jean Joseph Dessart, pasteur de ce lieu, décédé le 25 brumaire an 7 âgé de 54 ans.  « Ci git, troupeau, votre pasteur qui dans son temps n’eut d’autres envies que de graver dans vos cœurs la règle d’une sainte vie. Maintenant, pensez qu’il réclame, ayant passé l’heure dernière, l’éternel repos de son âme, par le moyen de vos prières. Requiescat in pace ». Jean Joseph Dessart était censier de la ferme de la Bruyère qu’occupait anciennement Julien Vancutsem.

La pierre du clerc Jérôme Baudine. « Ayant estez clerc l’espace de 62 ans, âgé de 92 ans ». Il mourut le 26 septembre 1723. Jérôme Baudine était clerc et maître d’école, en même temps que censier à la ferme du Quesnoy qu’occupait Serlippens avant sa démolition pour le plan incliné de Ronquières.

Les cloches

La cloche décimale est la plus grosse des trois cloches. Elle est ainsi appelée parce qu’elle était obligatoirement fournie par les décimateurs ou percepteurs des grosses dîmes. Ceux-ci devaient la fournir suffisamment grosse pour qu’elle puisse être entendue de la paroisse entière. L’ancienne cloche décimale se brisa le jour de la Saint Thomas en 1731. Lors de la visite canonique de l’église le 3 janvier 1732, le vicaire général Wilmart constata que la paroisse était sans cloche décimale et ordonna aux mambourgs de l’église d’en réclamer une à l’abbaye de Cambron. Le procès se termina par la convention du 25 novembre 1758. L’abbaye paya cent pistoles et les mambourgs se chargèrent de la fourniture d’une cloche suffisante en vertu des accords faits. Cette cloche trois mètres septante-cinq de circonférence. Elle ne fut fondue qu’en 1760. Trois personnages y sont représentés : le Christ, la Vierge et Marie Madeleine. On peut y lire l’inscription suivante : « A l’honneur de Dieu, de la Vierge Marie et de Saint Géry, patron de la paroisse. Par la misérable abbaye de Cambron, je suis mise en ce lieu et fut fondue par Joseph Simon en 1760. » Cette cloche fut détruite par la foudre en 1924 sous le pastorat de Georges Malherbe. Refondue en 1927 par la firme Michiels de Tournai, elle fut enlevée en 1943 par l’armée Allemande et refondue en 1954 sous le pastorat de Jean Tondeur.  Elle avait comme parrain Léon Luycx et comme marraine Maria Brancart. Elle pèse approximativement 1000 kilogrammes et sonne le sol. Elle est dédiée à la Sainte Vierge.

La cloche de la communauté.

Elle est ainsi appelée parce qu’elle fut payée par les cotisations et les dons volontaires des paroissiens de Ronquières. C’est ainsi qu’en 1546, nous voyons Kaberman Huon donner 10 florins carolus pour aider les manants et les habitants à faire neuve cloche. Cette somme fut payée en 1547 à Jean Antoine, curé de Ronquières. Cette cloche aussi se brisa en 1770. Elle fut refondue par Joseph Simon. La refonte eut lieu dans l’ancien cimetière autour de l’Eglise. Elle fut mise en accord avec la cloche décimale. Elle couta cent florins.  Elle mesure en diamètre trois pieds, huit pouces, en hauteur deux pieds et dix pouces.  Placée sous le patronage de Saint Donat elle avait pour parrain François Joseph Pierard, censier de la cense d’Houyrée et échevin de Ronquières et pour marraine Catherine Brion, censière de la Bruyère. On y lisait l’inscription suivante : «  A la plus grande gloire de Dieu et de Saint Géry, j’appartiens à la communauté de Ronquières. Parrain : François Joseph Pierard, Marraine Catherine Brion. Je suis dédiée à Saint Donat. J’ai été fondue par Joseph Simon en 1776 ». En 1886, elle se féla une seconde fois et il fallut quatre ans à Odilon Jouret pour recueillir les fonds.

Elle fut refondue en 1890 par César de Cellin. Elle donne le fa dièse et pèse 818 kilos.

En voici l’inscription : « Je suis dédiée à Saint Géry. Je m’appelle Zoe-Eugénie. J’ai pour parrain Eugène Jouret, curé, et pour marraine Zoé Adélaide du Coron ». Le conseil de fabrique se composait de Gustave Rousseau, président, E. Baudet, O.Jouret, marguilliers, Ch. Dechief, F. Deflandre, N. Robert. La cloche porte les armoiries de la famille « du Coron » d’azur au chevron d’or accompagné de deux étoiles et d’une rose feuillée et tigrée de même.  Elle fut détruite par la foudre en 1924 et remplacée dans la tour en 1927. Elle fut enlevée par l’armée Allemande en 1943. C’est en 1954 qu’elle fut replacée dans la tour sous le pastorat de Jean Tordeur.

La petite cloche

La petite cloche est la plus ancienne. Elle est fondue en 1577 par Adrien Steylaert, sous l’abbesse Maria Happaert. Placée à l’orient elle mesure trois pieds cinq pouces de diamètres et deux pieds sept pouces de hauteur.  L’inscription latine qui y est gravée en résume toute l’histoire. Cette cloche s’appelle Ursule. Maria Happaert  était l’abbesse de Mayendael au val des Vierges à Polinter près de Tirlemont. Elle abdiqua vers la fin de 1601 et mourut le 22 avril 1602.  Cette abbaye était mise sous la direction et la dépendance de l’abbé de Villers.

En 1568, l’église de Ronquières avait été pillée et détruite par les bandes de protestants qui avaient incendié le prieuré de Bois Seigneur Isaac et ruiné la ville de Nivelles.

Il est permis de penser que les moines de Cambron implorèrent l’aide des religieuses de Maydendael pour que celles-ci envoient une cloche. Cette cloche fut détruite par la foudre en 1924. Elle a été replacée dans la tour en 1927 sous le pastorat de Georges  Malherbe et du bourgmestre Léon Luycx.

Elle a eu comme parrain Georges Leclercq, fermier du Clipotia et comme marraine Hélène Desmet de la ferme de la Bruyère. Elle fut fondue à Tournai chez Michiels et elle pèse 600 kilos. Elle sonne le si. Elle est dédiée à Saint Donat. Etant la plus petite des trois, elle a échappé à la réquisition de l’armée allemande en 1943.

Le presbytère ou maison curiale

Le presbytère avec une dizaine de bonniers de terres constituait la « dos ecclesias » . Il semble toujours avoir occupé l’emplacement actuel. Nous ignorons ce qu’était la cure primitive. En 1641, le curé Abraham Desmoulin en entreprit la construction. Le courtil de la cure était voisin de l’Habette (Ancienne ferme qui est aujourd’hui la maison de Micheline…). La communauté lui alloua un subside de 360 florins et l’allée de Cambron y ajouta 100 florins. La fabrique d’église emprunta 600 florins à rembourser en douze versements de cinquante florins. Pour sa nouvelle cure, le curé de Ronquières s’inspira du style flamand du moulin de Marie de Luxembourg, dame d’Enghien, qui avait été reconstruit en 1630.

C’était une cure sans étage, recouverte d’ardoises, ayant cinq fenêtres. La construction couta 1927 florins.  Le curé dû vendre un bonnier de terres de son patrimoine pour en payer les frais. En 1786, le curé Emmanuel Laurent la reconstruisit avec un étage et  lui donna l’aspect d’une maison bourgeoise.

Cette cure existe toujours et, depuis 1905, sert de maison communale. Les seuls changements extérieurs qu’on y ait fait fut de changer en porte une fenètre dans la toiture. Elle est aujourd’hui la propriété du dentiste Ghislain Van Haute.

Quand Georges Malherbe arriva à Ronquières en 1905, il s’y installa dans la cure d’Emmanuel Laurent. Mais suite à une convention avec l’administration communale, on construisit une nouvelle cure à côté de l’ancienne, qui devait servir de maison communale. Il y habita pendant quarante-trois ans avant de prendre sa retraite en 1948, une retraite bien méritée.

Ce grand pasteur restera encore longtemps gravé dans la mémoire des ronquiérois. C’est lui qui, en 1926, a su reconstruire l’église incendiée le 24 juillet 1924 et lui redonner sa beauté et son style primitif. C’est aussi au curé Malherbe et au bourgmestre Emile Michotte que nous devons l’enlèvement du cimetière autour de l’église, son aménagement et la construction du mur de soutènement qui l’entoure.

Les marcularis ou marguilliers

Les marguilliers que nous appelons « clercs » étaient les auxiliaires du curé, non seulement pour le service religieux mais encore pour les écoles qui, jadis, étaient considérées comme choses d’église. Les marguilliers étaient d’abord clercs puis maîtres d’écoles ou « magister » .Il en était ainsi depuis le début du 16eme siècle. Dans les visites d’églises, l’archidiacre faisait l’inspection des classes. L’ouverture des écoles était annoncée par le curé du haut de la chaire. La fête de Saint Grégoire, patron des écoliers était célébrée chaque année par une messe solennelle.

Les écoles étaient payantes. Le clerc fournissait les locaux et percevait un minerval mensuel.  L’écolage des enfants pauvres était payé par la « table du Saint Esprit » qui s’appelle de nos jours l’assistance publique. Exceptionnellement ces fonctions de clerc et de magister étaient remplies par le chapelain ou le vicaire.

A Ronquières, le cumul de clerc et de maître  d’école dura jusqu’en 1869 et prit fin à la mort d’Emile Landercy. Les clercs prirent alors la fonction de clerc organiste et sacristain. Le dernier à exercer cette fonction fut François Félicien Ghyssels qui sera en fonction de 1898 à 1956. Il mourut en avril 1957 à l’âge de quatre-vingt-deux ans.

Sous l’ancien régime, l’école de Ronquières était unique, groupant dans un même local les garçons et les filles. Ce n’est qu’au début du 19eme siècle qu’il y eut deux écoles officielles, quand Sylvie Bomal ouvrit une école pour filles. Ce fut la création  d’écoles officielles par l’adoption des deux écoles libres qui devinrent communales.

Abraham Desmoulin, curé de Ronquières et Doyen de Nivelles

Sous l’ancien régime, le titre de doyen n’était pas attaché à une cure.  L’évêque choisissait parmi les curés celui qui lui agréait le mieux et qu’il jugeait le plus capable. C’est ainsi que notre curé fut doyen de Nivelles de 1673 à 1703 tout en restant curé et habitant la cure de Ronquières. C’est sous pastorat qu’il fit construire la cure qui fut complétée en 1776 par le curé Emmanuel Laurent. Depuis 1906, elle servit de maison communale et, à la fusion des communes, la ville de Braine-Le-Comte la vendit à Ghislain Van Haute qui sut la remettre dans son état primitif.

Le drame calviniste

Au moment du drame calviniste, Ronquières était un village agricole de la mairie de Nivelles et faisant partie de la seigneurie d’Enghien. Au point de vue religieux, il appartenait à la chrétienté de Nivelles et au diocèse de Namur.

La cure était la collation de l’abbé de Cambron qui était gros décimateur. A la veille de la crise calviniste, le curé se nommait Martin Bernard et le clerc Jehan Lhoir. Le maire était Antoine Lechien et le greffier Jean Taminiaux. Eloignée des grands centres et n’ayant avec Braine-Le-Comte et Nivelles que des communications difficiles, Ronquières semblait à l’abri des infiltrations protestantes. En 1568, Ronquières apparut comme un gros centre protestant actif où le maire Antoine Lechien et le greffier Taminiaux font figure de chefs et d’entraineurs avec un organisateur de prêches et de culte.

Il est permis de penser que la dévastation de l’église est l’œuvre de ces gens. Le châtiment exemplaire qui frappa cinq des principaux meneurs souligna la place importante que Ronquières occupa dans la révolte religieuse et politique du 16eme siècle.

Il semble qu’Antoine  Lechien, Jean Taminiaux et le ministre Rémy Taminiaux en furent les principaux animateurs. En les frappant, le conseil des troubles frappait la tête du mouvement. Le ministre Rémy Taminiaux était originaire de Ronquières. En 1541, il exploitait au Charly des Bois une petite ferme nommée « La Brulotte » appartenant à Jehan Charlier et qui lui-même occupait la ferme voisine dite « La couronne » . Ces deux fermes existent encore aujourd’hui et appartiennent à Jules Seutin et à son fils.

Les actes du conseil des troubles soulignent le rôle important qu’il joua dans les affaires de Ronquières et des environs. Cité à comparaitre devant le conseil des troubles, il se déroba par la fuite et fut banni par la sentence du 10 juin 1568. Nous ignorons ce qu’il est devenu. Le plus coupable était Antoine Lechien qui fut décapité. Les quatre qui furent condamnés à la pendaison sont Jehan Taminiaux, le maître Pasquier, Adrien Sainte et  Pierre Taminiaux.

Le maire Antoine Lechien était considéré comme le chef de la révolte ronquiéroise.  Il prit part à la campagne iconoclaste de Ronquières et des environs. Il possédait une maison au confluent du chemin du Gauge, menant à Pied d’Eau et du chemin allant au Bon Dieu de Pitié.

Les meubles furent vendus 67 livres 2 sous et 16 deniers d’Artois. La maison fut prise en bail par sa veuve, Jehan Brackman qui, le 7 juin 1576, obtint la main levée des biens de son mari. Le patrimoine passa au 18eme siècle aux Thinus qui en sont restés propriétaires jusqu’en 1900, date où ils furent expropriés par le premier élargissement du canal. Jean Taminiaux, greffier depuis 1566, possédait de nombreux biens à Ronquières, entre autres la grande maison en face de l’église qui est aujourd’hui la propriété de madame Bierny.

Le conseil des troubles entra en activité dès 1567 et la répression fut terrible. Les condamnations à mort se firent avec des modalités qui marquaient bien des degrés de culpabilité. Un seul fut décapité et les autres furent pendus. Le maire, chef des révoltés fut condamné le 26 mars 1568 de « coupe tête » et mis ladite tête sur une étoque sur la place du village. Le corps fut mis en quartier aux quatre coins de Ronquières et en cas de persévérance de l’hérésie, il sera brûlé tout vif et ses biens seront confisqués.  Les autres coupables, le greffier Taminiaux, Pasquire Dépède,  André Sainte et Pierre Taminiaux furent exécutés, c’est-à-dire pendus.  Des autres inculpés, on se contentera de les bannir et de confisquer leurs biens.

L’approche de l’armée de Alexandre Farnèse jeta l’épouvante sur les révoltés qui, redoutant une répression sanglante, se retirèrent en pays étranger.  Des trois autels de l’église, il ne restait que la table en maçonnerie. On les compléta d’un appareil monumental en chêne que l’évêque de Namur vint solennellement consacrer le dernier dimanche de septembre 1610. Après la sanglante répression  de 1568, tout sembla rentrer dans l’ordre mais le feu continua à couver sous la cendre. La faiblesse des Etats Généraux favorisa le réveil de l’esprit de révolte et les troubles recommencèrent au pays de Nivelles où les pillages reprirent dès 1580.

La nécropole des récollets, à la date du 27 décembre 1580 nous dit ce que vit le gardien des récollets Corneil Pierard. Pour détourner l’attention et par mesure de sécurité, il s’était habillé en laïc.  Il vit les iconoclastes charger sur des chariots les dépouilles de son couvent, les livres du chœur et les ornements sacerdotaux.  Il suivit de loin les chariots jusqu’à Bruxelles où il assista à la vente publique du butin. En 1856, dans la demande d’indemnité qu’ils adressèrent au gouvernement, les récollets estimèrent à quatre-vingt milles florins les dommages subis et accusaient les calvinistes de Ronquières et de Bornival de s’être joints à ceux de Nivelles. De là, l’exode des calvinistes de Ronquières vers la Hollande, la Zélande et l’Angleterre. Ce fut un départ sans esprit de retour, un exil volontaire afin de pouvoir vivre selon sa croyance.

Le second exode entraina le départ des ronquiérois suivants :  Vinchien Walhem et sa femme Françoise Lechien, Wabran Canart et se femme Juliette Delmotte, Pierre Walhem et se nièce Françoise Huon, Jacques le Carlier et sa femme Françoise Huon, Roland Sainte, Pierre Taminiaux et sa femme , Jehann-Nicolas Taminiaux et sa femme Maria Jehan le Vigneron, Pierre Marc et sa femme Catherine Huon, Guillaume Delmotte et sa femme Charlotte Marcelle, Pierre de la Pierre, Clément Bonart, Fiacre Taminiaux, fils du greffier, Louis Parmentier, Mathieu Huon.

Cet exode vida Ronquières de son contenu calviniste. Désormais, la paroisse sera orthodoxe et les curés Guillaume Snoeck, Firmin Bonavoine et Nicolas Serinchamps pourront se consacrer à la restauration matérielle et spirituelle de leur localité.