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Le Clipotia et le moulin à vent de Ronquières

Les moulins à vent rivalisaient avec les moulins à eau pour la mouture des céréales panifiables. Il y en avait un peu partout : à Braine-Le-Comte sur le une petite élévation non loin de la rencontre des deux rues de Mons et d’Ecaussinnes, un second dont la construction en brique existe toujours, fonctionnait au lieu-dit la « coulette » jusqu’à son incendie en 1894. Après cette période, il fonctionna à la vapeur jusqu’en 1923 et fut ensuite partiellement démoli.

A Virginal, non loin de la chapelle Notre-Dame de la Consolation, il y avait un autre moulin en briques qui disparut après la guerre 1914-1918.

Nous en avons recensé deux à Hennuyères. Un en brique et un en bois. Ce dernier se trouvait près des écoles et fonctionna jusqu’en 1923. Il fut ensuite démoli.

Ronquières qui possédait un moulin à eau n’a-t-il jamais eu un moulin à vent ? C’est ce que nous allons découvrir.

Depuis 75 ans, à mi-chemin entre Ronquières et Henripont, à front de chaussée, sur une superficie d’un demi-hectare environ, s’étale un pâté de constructions diverses que les gens du pays dénommaient sans savoir pourquoi le « clipotia ».

Au sujet du terrain lui-même, aucun indice ne subsiste, qui pouvait justifier ou expliquer cette appellation. Si nous croyons le dictionnaire du Centre, le mot « clipotia » signifierait le grincement d’une girouette mais cette explication est peu satisfaisante.

Voyons ce que relève l’atlas cadastral Popp. Cette compilation datant du milieu du 19eme siècle fait la description du territoire ronquiérois avec l’indication des parcelles, de leurs superficies, de leurs dénominations et l’indication de leurs propriétaires.

La terre dite « clipotia » est décrite comme suit :

Maison, moulin à vent, terre de 75 ares appartenant à Jean Chrisostome Vanderelst, entrepreneur de travaux publics à Ronquières. Cet état cadastral étant antérieur à la confection de l’atlas Popp, nous permet d’affirmer que le moulin a été construit aux environs de 1840 au moment où la fièvre d’entreprise était en plein développement.

La légende du clipotia

L’érection d’un moulin à vent à Ronquières eu un retentissement considérable. Les gens ne cessaient d’admirer son mécanisme et d’étudier sa marche. Ce qui frappait surtout, c’était le bruit des ferrailles heurtées que faisaient les ailes et les engrenages de la machine à moudre. Sans hésitation, le bruit fut vite baptisé. C’était le « clipotia », le nom lui est resté.

Le grain du canal et le moulin du clipotia

La mise en activité du canal de Charleroi donna un grand essor au commerce de grains qui alimentaient les moulins anciens et incita à en créer de nouveaux.

Jean Chrisostome se laissa fasciner par divers moulins à vent et notamment par celui d’Hennuyères qui était en pleine activité. Il considéra que ce système était d’installation peu couteuse et d’utilisation économique. Sur la route d’Henripont, là où le chemin est en surélévation et forme monticule, il acheta un terrain d’environ 75 ares et y planta un moulin à vent. Il y annexa une maison pour le meunier.

Le plan qui est celui du cadastre de Popp, restera inchangé ou peu s’en faut pendant toute la durée de vie du moulin. La situation était bien choisie : à proximité de deux agglomérations, Ronquières et Henripont. Les fermes de la vallée de la Marck et des environs de la Houssière y accédaient facilement. Les communications avec Braine-Le-Comte et Ecaussinnes étaient convenables.

Il semble que l’endroit était idéal. Et cependant, l’expérience ne réussit pas. Le temps des moulins à vent était presque révolu. Quand Jean Chrisostome mourut à l’âge de 66 ans en 1872, il s’endormit sur un échec. Cependant, sa disparition va s’auréoler d’une légende : celle du Clipotia.

Construit vers 1835-1840, le moulin à vent de Ronquières vécut peu mais commença après sa disparition une vie légendaire qui dure  encore.

La fromagerie du petit berger à Ronquières

En 1866, Charles Leclercq avait épousé à Virginal Adèle Ferque de qui naquirent Oscar en 1867, René en 1869 et Rosa en 1872. C’est en cette dernière année que mourut Jean-Christostome Vanderelst et que Michel Paul fut nommé mayeur à sa place.

En 1879 Charles Leclercq vient habiter à Ronquières, à la rue Haute dans la maison du petit berger qui appartenait à Isidore Dechief et à Céline Brancart sa femme. Celui-ci faisait l’élevage de moutons à Pied ‘eau.

Charles Leclercq installa une fromagerie pour la fabrication du fromage de Bruxelles qui connaissait alors une grande vogue et construisit dans le jardin un grand séchoir pour le séchage et l’affinage de ce fromage.  Ce séchoir attesta longtemps qu’il y avait eu une fabrication de fromages.

La mort de Jean Chrisostome avait définitivement arrêté la vie industrielle du moulin à vent. En 1874, les héritiers décidèrent de vendre le moulin. On en fit deux lots :

  • Le moulin seul parce qu’il n’y avait pas d’amateurs à Ronquières
  • Le terrain avec la maison du meunier

Le moulin à vent fut acheté par un  meunier d’au-delà de Soignies. Il s’en alla sans bruit et sans gloire. On n’entendit plus parler de lui sauf par le nom de « clipotia ».

Charles Leclercq acheta le terrain et la maison du meunier. Il s’y installa et construisit une fromagerie dite du clipotia.

Dans les environs, il n’y avait que deux fromageries : une à Virginal exploitée par Jules Dujacquier, mon grand-père paternel, et une seconde à Henripont exploitée par Emile Dujacquier, frère de mon grand-père.  Les bâtiments du Clipotia sont toujours debout et s’étendent sur 26 mètres de longueur avec des caves de 20 mètres et quatre salles de malaxage au rez-de-chaussée   et à l’étage un vaste séchoir.

Une charrette faisait périodiquement la récolte du fromage blanc pour en faire le fromage de Bruxelles. C’est au clipotia que naquirent les trois plus jeunes enfants de Charles : Marie née en 1881, Georges né en 1883 qui épousera Romaine Derider de Bois Seigneur Isaac, Paula qui sera institutrice à Ronquières et épousera Joseph Cordier de Braine-Le-Comte.

La fromagerie déclina rapidement à cause de la concurrence et l’impossibilité de trouver en quantité suffisante le fromage blanc. La fromagerie fut transformée en ferme.