Abel Warocqué (1805-1864)

Abel Warocqué est né à Mariemont en 1805. Adjoint de son père à Mariemont et de J.-P. Quinet à Bascoup, il leur succéda après leur mort. Les deux charbonnages ne cessèrent de se moderniser et de se développer, profitant largement d’une demande de charbon de plus en plus abondante et des nouveaux moyens de communication qu’étaient les chemins de fer. Les puits furent rapidement équipés de la warocquère, une machine composée de deux échelles oscillantes pourvues de plates-formes; en passant alternativement de l’une à l’autre, on pouvait descendre ou monter de palier en palier. On l’utilisa à l’étranger; I ‘usine du Creuzot, par exemple, en fabriqua pour la Compagnie des mines de la Loire vers 1850.

Désireux d’attirer et de fixer la main-d’œuvre, Abel Warocqué fit construire des maisons ouvrières convenables près de la gare de Mariemont en 1842, à l’Olive, près desAteliers et à la rue Notre-Dame en 1858.

Si l’on veut souligner le développement des charbonnages, il suffit de citer quelques chiffres. La recette de Mariemont passa de 1.320.906 F en 1837-1838 à 2.956.224 F en 1853-1854; elle avait donc plus que doublé en une quinzaine d’années. L’action valait 50.000 F en 1858 et le dividende fut de 24.000 F; elle en valait 250.000 en 1858 avec un dividende de 50.000 F. le profit de Bascoup s’éleva de 204.625 F en 1852 à 835.520 F en 1858; le dividende à l’action, de 1500 F à 8000 F.

Malgré les profits très substantiels tirés des charbonnages et des revenus personnels de son épouse, Henriette Marischal, Abel Warocqué fut un perpétuel endetté. Son train de vie princier, ses investissements dans diverses sociétés et ses achats de biens immobiliers se soldaient par des dépenses considérables.

Installé au château de Mariemont, dès 1836, il en termina l’aménagement intérieur. Il  le décora de quelques tableaux célèbres de Gallait, de Navez ou de Madou, ainsi que de jolies sculptures de Geefs, de Fraikin et de Simonis. Il agrandit le parc et I ‘aménagea en s’inspirant du style anglais. Il y construisit l’Orangerie et les premières grandes serres dans lesquelles il installa un coûteux appareil de chauffage pour y cultiver des orchidées, des raisins et même des ananas.

Si Nicolas Warocqué mena une vie austère, vouée tout entière à la gestion de ses entreprises, son fils Abel profita d’une existence plus facile. Comme un grand notable de province se devait de posséder une résidence dans la capitale, il y loua d’abord un appartement, puis une maison; il acheta enfin deux immeubles à l’avenue des Arts. Il aimait la vie mondaine et voyageait beaucoup.

Il lutta avec acharnement, pendant huit ans, pour obtenir finalement la création de la ligne de chemin de fer Manage-Erquelinnes, destinée à ouvrir le marché français aux charbons du Centre.

Un aspect marquant de ses activités fut la spéculation foncière. Il acheta notamment les quatre grandes fermes du Sartiau, de la Basse-Louvière, de la Grande-Louvière et de Tout-y-Faut, soit près de 450 hectares pour la somme de 1.650.000 francs-or.

Malgré 1 ‘ héritage de sa femme, il dut emprunter avec des intérêts de 4 à 5 %  . Or les terrains et les fermes lui rapportaient 3 % .Il spéculait donc à long terme sur la plus-value foncière dans la région du Centre, mais il a tenté de raccourcir les délais en lotissant les terrains du « Cerisier », l’actuel Drapeau Blanc, dans le hameau de La Louvière à Saint-Vaast. Il intervint financièrement dans la construction d’une nouvelle église. Ce hameau de La Louvière se peupla rapidement. On le sépara de Saint-Vaast en 1869 pour en faire une commune que certains auraient voulu appeler Abelville, mais qui garda son nom de La Louvière : Abel Warocqué était mort en 1864 et les morts s’oublient vite.

Devenu bourgmestre de Morlanwelz après les élections de 1836, Abel Warocqué le resta jusqu’à sa mort en 1864. En un quart de siècle, la commune se modifia sensiblement. On parla même d’un « nouveau Morlanwelz ». Le nombre d’habitants doubla : il passa de 1787 à 3798. Diverses usines s’installèrent : une brasserie, une savonnerie, un moulin à farine, une fabrique d’amidon, des fenderies, des forges, des fonderies, des fabriques de matériel de chemin de fer. On se préoccupa un peu d’urbanisme : on exigea un alignement pour les maisons, on pava la Grand-Rue, les rues des Hayettes et du Polichêne. On multiplia les écoles primaires. Abel Warocqué ouvrit « son » école gardienne, imité en cela par Preudhomme, qui créa un orphelinat et une école pour filles.

On prit diverses mesures pour prévenir les incendies. On passa une convention avec P. Courteaux d’Urville (Vosges) pour doter la vieille église d’une nouvelle cloche, qui devait rendre « un son harmonieux aux dires d’experts ». On établit un marché hebdomadaire d’abord le vendredi (1835), puis un second le mardi (1839). On bâtit une nouvelle maison communale (1852) et une nouvelle église (1862). Morlanwelz se trouva desservie par de nouvelles voies de communication : la route du Placard à Anderlues (1839) et celle de Binche (1848), le chemin de fer de Mons à Manage avec l’embranchement vers Mariemont, l’Olive, I’Étoile et Bascoup en 1847, celui d’Écaussinnes à Erquelinnes en 1853, avec des arrêts aux Hayettes et à Cronfestu, et celui de Baume à Marchiennes en 1864, avec une station « sur le haut du village » à l’endroit dit le Rossignol. On établit un Service de messagerie de Morlanwelz à Manage « en coïncidence avec le chemin de fer » (1843). Tout cela explique l’inauguration, en 1868 d’un monument élevé sur la Grand-Place en l’honneur d’Abel Warocqué.