Ronquières est une petite commune d’un bon millier d’habitants, actuellement dans la province de Hainaut, mais à la limite du Brabant, entre Braine Le Comte et Nivelles.

Le territoire actuel de Ronquières, généralement accidenté et très pittoresque, comprend 1460 hectares, affectant assez bien la forme d’un cercle dont le centre est le confluent de deux rivières.

Les rivières

1° la Marche (actuellement Sennette) venant d’Ecaussinnes au Sud;

2° la Samme, venant de Feluy-Arquennes au S.E.

Les deux rivières et le ruisseau « du Servoir ou des Servoirs» ont creusé, dans les temps préhistoriques, des vallées d’une largeur fort modérée, bordées partout par des pentes parfois très raides jusqu’aux plateaux des faîtes. Puis leurs eaux ont été ramenées dans des lits modestes, remarquables par leurs sinuosités. Ainsi s’est formée une suite continue de prairies: prairies très bonnes dans la vallée de la Marche-Sennette jusqu’au confluent, plus fraîches dans la vallée du ruisseau des Servoirs, et plutôt marécageuses dans la vallée de la Samme jusqu’à Fauquez, ces dernières tardivement cultivées et restées longtemps en grande partie « communs » du village. Ces prairies joueront un rôle important dans l’habitat primitif du territoire.

A son arrivée à Chenu, la Samme s’est heurtée à un seuil rocheux qui a obligé les eaux à s’étaler sur ses deux rives: d’où formation d’une prairie marécageuse « le grand mares », de 5 à 10 hectares, mentionné dans divers documents au cours des siècles  et encore incomplètement asséché à l’heure actuelle. Remarquons comment, dans ce « mares » se dresse curieusement , une butte ovale d’une vingtaine d’ares (70 m. X 30 m.) atteignant 5 ou 6 mètres de hauteur , la « bosse »rocailleuse, lieu d’élection chaque printemps des « godets » (narcisses) et des clés des bois (jacinthes).

Devant l’obstacle la rivière a poussé un bras occidental qui a reçu les eaux de la Marche (aujourd’hui  Sennette) avant de franchir le seuil pour aller rejoindre un peu plus loin le bras oriental, et formant ainsi une île d’à peu près 1 3/4 hectares, traversée par le vieux chemin de Nivelles vers Braine-le-Comte. Le bras oriental avait franchi le seuil au pied de l’éperon oriental appelé « Pierre-Moulin », sur lequel fut construite la vieille chapelle du Bon Dieu de Pitié.  Le bras occidental avait passé lui au pied de l’éperon occidental que je croirais volontiers avoir été, d’ancienne date, la « Ronceraie », sur lequel fut construite l’église.

Cette disposition des lieux fut judicieusement mise à profit par l’abbaye de St Ghislain pour la construction, au 12° siècle, de son moulin sur l’éperon occidental. Elle n’eut qu’à barrer le bras oriental de la Samme pour amener toutes les eaux au moulin, sauf à régler, bien entendu, par le jeu de vannes mobiles, l’alimentation suivant les besoins.

Forcément ce barrage et celui du moulin devaient relever le niveau des eaux et empêcher les passages à gué qui y avaient précisément attiré les antiques chemins numéro  1 et numéro  2 venant l’un du Croiseau, l’autre de Nivelles par Bornival. Il fallut donc remplacer ces gués par des ponts: le « pont de pierre » à Chenu (avant la bifurcation) pour le chemin numéro 1 ; le « pont d’aise » sur le bras oriental et le pont du moulin sur le bras occidental pour le chemin numéro  2.

Le bras occidental était considéré comme le principal, à s’en rapporter à l’expression employée par l’abbé de Cambron qui en cédant, en 1411, le moulin au seigneur d’Enghien, le dit situé « sur la rivière de Samme ». Le bras du moulin serait donc une formation naturelle et non un canal artificiel. Quant au bras oriental, il est qualifié simplement de « fausse eau » par les gens du pays en 1589 (A.G.R. Greffe scabinale arrondissement de Nivelles, numéro  3067, 4 compte, folio 44, 49 et 54) et en 1598 (idem  numéro  6478).

En aval du confluent et jusqu’à Fauquez, la rivière a provoqué encore la formation de prairies marécageuses quasi ininterrompues, surtout à « Pideau» où elle recevait, à gauche, le gros ruisseau du ou des « Servoir (s) »  long de plusieurs kilomètres, dont on trouve les sources aux abords de la masse centrale du bois de la Houssière et du village d’Henripont.

Les chemins.

Le seuil rocheux du centre se prêtait particulièrement bien à usage de gué. Rien d’étonnant donc que dès les temps les plus reculés, on ait fait passer par là un chemin (chemin numéro  1) qu’on peut suivre encore aujourd’hui sur la carte, venant, par le Croiseau, de Bois et, plus loin, du N.-E. de la Belgique, bien qu’à certains endroits, il ne soit plus qu’un chemin de campagne. Ce chemin descend, par l’éperon « Pierre Moulin » au bas duquel, à l’endroit dit «Chenu » il coupe le chemin numéro  2, puis franchit la Samme, traverse le «mares» et remonte sur le plateau, en direction du Rœulx et des carrières de silex de St Symphorien et de Spiennes.

Pour marquer l’antiquité de ce chemin, on peut noter qu’il est flanqué partout de très vieilles fermes: la Tournette et Grambais (Nivelles), le Pou et Baudémont (Ittre); Pourbais et Croiseau (Bornival); la Bruyère et l’Aulnoit  (Ronquières); et qu’avant d’arriver au Croiseau, il fait actuellement, sur plusieurs kilomètres, la limite entre les communes d’Ittre et de Nivelles, après avoir autrefois, sur toute une distance vers le N.E. du pays, sensiblement marqué la séparation des diocèses de Cambrai et de Liège d’avant 1559, et précédemment donc de la Germania inferior et de la Belgique seconde des Romains.

D’autre part, son terminus Spiennes fait penser qu’il a servi aux peuplades préhistoriques pour chercher le silex nécessaire à la confection de leurs armes et outils (nombreux débris de silex de Spiennes, St Denis, etc., retrouvés dans le nord du Hainaut et le Brabant).

Ce chemin numéro 2 arrive de Nivelles par Bornival; un peu avant le croisement de Chenu, les Ronquiérois l’appellent encore à l’heure actuelle: « chemin du Boulon » sans doute parce que, si on se place au départ de Ronquières, il conduit à un ancien lieu-dit « Goulot » (déformation probable d’un primitif « Boulou »). Après Chenu, il traverse le bras oriental de la Samme, puis le bras occidental (aujourd’hui  Sennette), regrimpe l’éperon de la « ronceraie », passe sur la hauteur, aux « trois chemins », continue tout droit, en descendant et remontant la vallée des Servoirs vers le bois de la Houssière et Braine-le-Comte, etc.

Aux « trois chemins », le chemin numéro  3 s’en était détaché pour contourner la vallée des Servoirs et s’en aller vers Henripont et Soignies.

Parmi les autres vieux chemins ronquiérois, signalons ici comme particulièrement intéressants le « chemin del corroye » au nord. Il fait aujourd’hui la limite entre Ronquières et Bornival, après avoir autrefois séparé l’évêché de Cambrai de l’évêché de Liège d’avant 1359, sur toute sa longueur (1 km. environ)

Le «chemin du r’nau » (rennau = borne), également au nord du village, où je verrais volontiers un diverticulum romain, long d’à peu près 4 km., assurant la communication entre les habitats du Croiseau et de la Bruyère de Virginal. Sur la plus grande partie de son parcours, ce chemin fait actuellement la limite entre Ronquières d’un côté et Ittre de l’autre côté, après avoir séparé autrefois (de là son nom), dans le diocèse de Cambrai, le doyenné de Mons, archidiaconé de Hainaut (ancien comté de Mons, pagus de Hainaut) Ronquières du doyenné de Hal, archidiaconé de Brabant (ancien comté de Hal, pagus de Brabant). Depuis l’époque française, la partie d’Ittre Fauquez depuis la rivière jusqu’au bois de la Houssière était réunie à Virginal.

Ces 2 derniers chemins offrent donc un intérêt plus que local.

Et le caractère frontalier de Ronquières facilita le transfert du village (au temps de la formation des principautés belges: duché de Brabant et comté de Hainaut) sous la juridiction brabançonne, et son retour, aux temps modernes, dans le département de « Jemmappes », aujourd’hui province de Hainaut.

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