Arthur Warocqué (1835-1880)
Arthur Warocqué né en 1835 continua la tradition familiale. Il se passionna pour les tableaux, dont les plus connus sont les Stevens, et pour l’achat de biens immobiliers. On pense à son père lorsqu’on le voit emprunter de grosses sommes d’argent pour acheter de vastes terrains à Thirimont et à Fourbechies dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, un hôtel à la rue Marnix et un autre à la rue du Trône à Bruxelles, un château et un parc à Gouy-lez-Piéton payés 1.150.000 F avec l’intention d’y résider, parce que la cohabitation à Mariemont provoquait parfois « des heurts assez pénibles » .
La mort de Madame Abel Warocqué régla le problème : Arthur put rester à Mariemont. Lui aussi agrandit le parc en acquérant une parcelle de terrain entre le jardin d’hiver et la « fontaine de Spa » et, pour rappeler le glorieux passé de l’ancienne résidence royale, il commanda à une manufacture d’Aubusson les tapisseries qui représentaient notamment les anciens châteaux de Mariemont et qui constituaient un décor grandiose pour sa salle à manger.
Lui-même aimait dessiner et graver des lithographies. Il nous en a laissé toute une série réalisée lors de son voyage en Scandinavie avec son frère en 1857.
L’année suivante, il épousa Marie Orville, que l’on appela Mary pour sacrifier à la mode de I ‘époque, et qui était la fille de « l’un des plus riches financiers de France »
Appelé à la tête des charbonnages de Mariemont et de Bascoup en 1868, il continua l’œuvre de ses prédécesseurs avec la collaboration précieuse de Lucien Guinotte et de Julien Weiler. Attentif à la question ouvrière, il s’intéressa à l’hygiène industrielle, aux pensions et aux logements. Il créa des sociétés coopératives d’alimentation et des sociétés fraternelles de secours gérées par les ouvriers, des institutions de bienfaisance et d’assistance sociale. Il institua des prêts d’argent aux ouvriers pour leur permettre d’acquérir leur maison. Il multiplia les contacts avec eux afin d’éviter les grèves qui constituaient une perte « inappréciable » pour les charbonnages autant que pour les mineurs. Il pratiqua une politique de hauts salaires qu’il compensa par une adaptation des installations au progrès technique, notamment par la mise au point du traînage mécanique des chariots par une chaîne sans fin, non seulement au fond mais aussi en surface pour amener le charbon des différents puits vers un siège de triage (Sainte-Henriette). En 1869, il décida d’établir un dispensaire à chaque fosse.
Il eut la chance de connaître une année record. Le bénéfice de la société de Mariemont atteignit le chiffre de 3.691.005 F pour une production de 400.949 tonnes durant l’exercice 1872-1873, alors que l’année précédente on était arrivé à 1.964.917 F avec 420.270 tonnes ., parce qu’une demande exceptionnelle avait permis un prix de vente qui doublait quasiment le bénéfice à la tonne : on était passé de 4,51 F à 8,96 F. Le dividende suivit les bénéfices : il atteignit 79.200 F par action ancienne, un chiffre qui ne sera jamais dépassé. Ce brillant résultat ne dura guère plus d’un an. Le bénéfice diminua d’une année à l’autre pour arriver à 923.476 F seulement en 1880 alors que la production avait augmenté d’environ 16% . L’explication réside dans la différence du bénéfice à la tonne : 1,82 au lieu de 8,96 F due surtout à la baisse des prix de vente.
La production de Bascoup entre 1868 et 1880 fut toujours inférieure à celle de Mariemont, mais en 1879 elle s’en rapprocha grâce à une augmentation de 40 % en un an, due à la modernisation du puits n° 4 et surtout à l’ouverture d’un tout nouveau siège à Trazegnies.
L’Administrateur-délégué touchait 12.000 F par an à Mariemont et 10.000 F à Bascoup, plus un tantième de 1,5 % sur les dividendes payés par les deux sociétés. En 1877, un jeune ingénieur commençait avec 1200 F par an, de même qu’un bon employé de bureau, tandis que l’ouvrier à la veine arrivait à peine à 4 F par jour alors qu’il en avait touché 6,50 en 1873. Comme il n’avait travaillé que 242 jours en raison du chômage et des grèves, cela représentait pour son année un salaire de 960 F environ.
Bénéficiant de ce que l’on a appelé le respect de l’argent, la grande bourgeoisie, qui jouit de la considération sociale, cumule le pouvoir économique et le pouvoir politique. La réussite dans les affaires implique la capacité de diriger la commune, la province ou l’État.
Si Abel Warocqué s’est contenté d’être bourgmestre, ses deux fils visent plus haut : Léon devient conseiller provincial et Arthur député. On ne peut pas dire que celui-ci ait brillé à la Chambre : ses interventions ne se rapportent qu’à des sujets d’intérêt limité.
Par contre, la commune de Morlanwelz trouve dans son bourgmestre un homme dynamique et généreux.
Pendant les douze années de son mayorat, l’industrie ne cesse de se développer. Les charbonnages de Mariemont et de Bascoup occupent de plus en plus d’ouvriers. Leur nombre passe, pour les deux sociétés réunies, de 3500 en 1868 à 5500 en 1880. D’autre entreprises se créent ou se développent. Ainsi Nicolas Cambier va fabriquer des accessoires de rails, des ferrements de wagons, des chaînes, des clous, des rivets, des boulons, des pièces de forge; Léon Somzé établit une usine à gaz; Dufossez et Henry ouvrent une cimenterie près de la gare de Cronfestu ; Jules Godaux et R. Ledoray, chacun une tannerie.
Toute cette industrialisation attire la population qui passe de 4105 à 6317 habitants, ce qui représente une augmentation supérieure à 50 % en douze ans. Dès lors, il faut ouvrir de nouvelles rues, élargir des ruelles, établir une distribution d’eau et de gaz même pour l’éclairage public, créer un cimetière dans les champs des Chauds Buissons, construire des écoles primaires pour les filles et pour les garçons, aménager une école industrielle et une école pour les adultes. Les croquis d’arpentage du cadastre révèlent cette profonde modification et la construction de nombreuses maisons qui explique les nombreuses autorisations d’établir des fours à briques et l’établissement d’une brigade de gendarmerie. On retrouve une participation d’Arthur Warocqué dans beaucoup de ces réalisations soit qu’il donne des terrains soit qu’il accorde des subsides.
Son souci d’urbanisation va jusqu’à offrir des indemnités aux habitants qui acceptent d’embellir leur maison par l’emploi de pierres de taille et de toitures en ardoises, ce qui confère à la commune un caractère cossu et bourgeois qui se reflète dans la psychologie des habitants.
Il séjourne tantôt à Bruxelles où il participe à la vie mondaine, notamment aux bals de la Cour, tantôt à Mariemont pour s’occuper de ses affaires et de son écurie de courses, ou encore pour organiser de grandes chasses. C’est pour lui un plaisir tout particulier de réaliser quelques hécatombes dans les forêts de Morlanwelz, de Courrières à Mignault et même de Libin en Ardenne.
Cet homme qui savait partager son temps entre les affaires, la politique, la vie familiale et les mondanités, préside le Jockey club, l’Exposition d’hygiène et de sauvetage, la Commission belge de l’Exposition de Paris, et devient censeur à la Banque Nationale.
Il meurt à Bruxelles le 8 avril 1880, âgé de 45 ans, laissant deux fils : Georges et Raoul.
