Léon Warocqué (1831-1868)

Léon Warocqué, fils aîné d’Abel, est né en 1831. Sa santé délicate donna plusieurs fois de vives inquiétudes à ses parents. Avec son frère Arthur, de quatre ans son cadet, il se passionna pour l’histoire naturelle et lut les publications de Buffon et de Cuvier.

Formé par des précepteurs, il réussit en 1849 « son examen d’élève universitaire », mais on ne trouve plus aucune mention de ce genre dans la suite et il ne semble pas avoir décroché un diplôme quelconque.

Lorsqu’il épousa, à trente ans, Louise-Amélie Vallon, la fille du préfet du département du Nord, on lui aménagea un appartement à Mariemont et on lui assura une « pension » annuelle de 25.000 F. Ce fut un mariage grandiose. Le retour fut accueilli avec un faste royal : 300 cavaliers, des arcs de triomphe, des sapins, des drapeaux, des fleurs, des guirlandes sur tout le parcours de la gare de Manage à Mariemont, des discours, des illuminations le soir et un brillant feu d’artifice dans le parc envahi par plus de 30.000 personnes. Mêmes festivités le lendemain à Morlanwelz : défilé de la cavalerie, de la garde-civique, de 300 bergères, de la Société d’Harmonie des verreries de Mariemont, de la Société des chœurs de Morlanwelz, de la Société d’Harmonie des charbonnages de Mariemont et de Bascoup, réceptions et le, le soir, bal champêtre avec une assistance évaluée à 50 ou 60.000 personnes.

Quatre mois plus tard, la jeune épouse, mourait « à la suite d’une violente atteinte de typhus » ; elle était âgée de dix-huit ans et cinq mois. Le mari, désireux de perpétuer son souvenir fit construire à Morlanwelz l’hospice Louise pour y héberger une vingtaine de vieillards. Le 31 mars 1864, il épousa Élise-Constance-Marie Libert, fille d’un industriel de  Nimy-Maisières  . Mais il connut une nouvelle tragédie : une petite fille, née onze mois plus tard, ne vécut que quelques heures.

Peut-être trouva t ’il une relative consolation en dirigeant les charbonnages de Mariemont et de Bascoup pendant quelques années prospères. Alors que les épidémies et la perspective de complications politiques internationales dues à l’unification de l’Italie par le Piémont et de l’Allemagne par la Prusse plongeaient beaucoup d’industries dans un malaise certain, l’industrie charbonnière traversait une ère de prospérité telle qu’on n’en avait plus rencontré depuis longtemps. Une demande toujours supérieure à l’offre assurait un écoulement aisé à des prix fort avantageux et engageait à donner à l’extraction tout le développement que l’état des installations et le nombre d’ouvriers dont on pouvait disposer permettaient d’atteindre.

Entré au charbonnage de Mariemont dès l’exercice 1861 -1862 comme collaborateur de son père, il lui succéda comme administrateur en 1864, « avec pouvoir pour gérer toutes les affaires de la société », ce qui lui valut un traitement de 12.000 F par an et un tantième de 4% sur les dividendes distribués. Le solde créancier passa de 1.563.280 F en 1864-1865 à 2.258.630 F en 1866-1867, soit une augmentation d’environ 45 % en deux ans.

Au même moment, le dividende s’éleva de 35 à 50.000 F. La production de 1.941.175 hectolitres en 1864, qui constituait déjà un record, atteignit les 3.357.627 hectolitres en 1867, ce qui représente une augmentation de 42 %. À Bascoup les bénéfices passèrent de 735.038 à 1.381.832 F.  Ils avaient donc presque doublé; ce qui s’expliquait non seulement par I ‘augmentation de l’extraction, mais aussi par la diminution du prix de revient qui, combiné avec le prix de vente, aboutissait à un bénéfice de 0,35 F en 1864 et de 0,53 F en 1867 par hectolitre.

Les deux charbonnages continuèrent la construction de maisons pour attirer et fixer la main-d’œuvre; ils établirent une caisse de pensions en faveur de leur personnel avec une intervention patronale de 1,5 % des appointements des employés et une dotation de 20.000 F au départ.

Devenu bourgmestre de Morlanwelz après la mort de son père, le temps lui manqua pour donner toute sa mesure. On lui doit la création de cours du soir qui annonçaient la future école industrielle et l’organisation de conférences d’arboriculture qui rencontrèrent un grand succès.

Pendant son mandat, le Conseil communal décida de ne pas participer à la souscription nationale lancée pour ériger un monument en I ‘honneur de Joseph Lebeau, un des promoteurs de la révolution belge, cela probablement en raison du mauvais souvenir que cet événement laissait dans la famille Warocqué. Il autorisa six cabaretiers à ouvrir des jeux de quilles, devenu le jeu à la mode, en exigeant bien sûr des mesures de sécurité publique.

Il réceptionna la nouvelle église et la station de chemin de fer sur la ligne Baume-Marchiennes-Charleroi. Il passa une convention avec Arthur Veillet de Morlanwelz pour l’éclairage public. Il obtint un arrêté royal qui permettait d’annexer « aux marchés autorisés pour la vente des légumes, celle des étoffes, quincailleries, ustensiles de cuisine, etc. ».

En 1866, en raison d’une épidémie qui sévissait dans la région, il interdit la vente des fruits de toute espèce sur les marchés ainsi que chez les marchands et les vendeurs en général; il ordonna la fermeture des cabarets à 10 heures du soir et défendit les bals. L’année suivante, il constatait que la crise et la cherté de la vie contribuaient « puissamment à éloigner de l’ouvrier l’aisance à laquelle il était habitué ».

Léon Warocqué mourut le 17 janvier 1868, âgé de 37 ans. Trois ans plus tard, sa veuve se remaria avec P. Tiberghien de Manage, un cousin de son défunt mari.